Les carottes sont-elles cuites ou faut-il faire une nouvelle recette ?

Carottes cuitesA moins de 30 heures de l’annonce du nom du (de la) prochaine(e) Président(e) de la république, les carottes paraissent cuites et la victoire de Nicolas Sarkozy presque certaine. A lire sur ce sujet, le chat avec Dominique Reynié paru hier soir vendredi sur Le Monde.fr.
Et dès demain, on cherchera les coupables. Dominique Reynié pense que, si Ségolène a plus de 48 % des suffrages, elle gardera la légitimité pour transformer le PS. A moins de 48 %, le PS la mettra de côté et se déchirera de plus belle.

parti-socialiste.1178374028.gifLe problème vient bien de là : ce n’est pas la personnalité de la candidate, ni ses approximations qui sont à l’origine de sa probable défaite. C’est le fait que le PS a « oublié » de se rénover. La droite a pu le faire, presque par hasard : si Juppé n’avait pas été écarté du pouvoir à cause de ses ennuis judiciaires, la rénovation de la droite n’aurait pas été aussi complète, car Chirac aurait gardé encore le contrôle de la situation. Nicolas Sarkozy au Paradis Latin, pour fêter le centenaire de la PJ, le 1er février 2007 (Photo Dominique Faget AFP) Sarkozy a eu l’heureuse surprise de voir la place libre beaucoup plus facilement que prévu après l’éviction de Juppé. Le tour de piste de Villepin s’est révélé désastreux. Sarkozy a gagné sur toute la ligne. En ayant à sa botte un mouvement fort (uni… on verra ça plus tard !) et surtout en élargissant son électorat vers l’extrême droite, ce qui a plus que compensé la déperdition de voix au centre. D’où son résultat au premier tour. 

MitterandC’est Sarkozy qui a compris la leçon de Mitterand : un parti de gourvernement ne peut gagner les élections dans le système électoral actuel qu’en élargissant son électorat vers son extrême, si et seulement si celui-ci est important. Mitterand l’avait fait avec le PCF qui pesait entre 15 et 20 % des voix dans les années 70. Il a conquis le pouvoir et le PCF a fondu comme beurre au soleil, en laissant à peine quelques taches de graisse par-ci par-là (quelques ministres qui ont grillé au feu de la solidarité gouvernementale).

Sarkozy a fait la même chose avec l’extrême-droite, mais de façon beaucoup plus rapide : il a syphonné les voix de FN, mais sans avoir besoin de s’allier avec ses dirigeants. Il ne lui restait plus qu’à avoir le discours rassembleur qui sied à tout candidat en campagne de seond tour et l’affaire est jouée. C’est ça, la rénovation de la droite. Elle accompagne une évolution de la société où la peur de l’autre grandit en ouvrant un grand boulevard aux thèses nationalistes. Domaine où la droite se sent historiquement plus à l’aise que la gauche.

Lionel JospinPendant ce temps-là, que faisait le PS ? Pas grand chose à part régler ses comptes après l’élimination de Jospin au 1er tour des élections de 2002, en croyant que le vote populaire lui avait manqué. Peut-être, mais l’échec de Jospin vient, avant tout, de l’éparpillement des voix de la gauche gouvernementale vers Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira.
En pensant qu’il fallait reconquérir le vote « populaire » et pour prendre la tête du PS, Laurent Fabius à Toulouse en avril 2007Laurent Fabius a cru bon de faire voter « non » au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen. La victoire du non lui a donné apparement raison. C’était un trompe l’oeil. On en voit maintenant les conséquences.
La « gauche de la gauche » ne s’est pas structurée et est, de toute manière, incapable de gouverner. Elle ne le veut d’ailleurs pas du tout.
Pour réconquérir un mythique électorat populaire, l’appareil du PS a tout fait pour éviter un glissement au centre, en restant sur des positions idéologiques archaïques. Ségolène Royal sur TF1 le 19 févrierSégolène Royal avait pourtant des velléités de bouleverser quelques dogmes « de gauche ». A chaque fois, de bonnes consciences « de gauche » hurlaient à la trahison. Elle est donc bien vite rentrée dans le rang en croyant appliquer le théorème de Mitterand : « le 1er tour se gagne à gauche, le 2ème tour se gagne en rassemblant ». Mais à gauche, il n’y a plus rien !

François BayrouLa course au centre s’est faite dans la panique ces 15 derniers jours, avec un Bayrou faisant apparemment des risettes mais qui pense déjà à 2012. Il a en fait intérêt à une défaite de Ségolène Royal pour avoir des chances d’exister encore. Rocard et Kouchner avaient raison de plaider pour une alliance PS et centre, mais c’était trop tard . Et Daniel Cohn BenditCohn Bendit y rajoute les écologistes, ce qui me semble tout à fait judicieux… quand les Verts auront de nouveau retrouvé une culture de gouvernement.

Le PS est donc resté immobile, en croyant qu’en laissant se présenter une femme en liberté plus que surveillée, cela allait suffire pour gagner les élections. Rajoutons à cela le manque criant de préparation à cette campagne.

Alors maintenant qu’un gouvernement de droite semble certain pendant cinq ans, le PS va-t-il enfin se rénover ? Va-t-il comprendre qu’il lui faut laisser la place de l’anti-libéralisme radical à une extrême gauche qui ne viendra de toute manière jamais aux affaires ? Va-t-il se réformer suffisamment pour avoir un projet qui soit réaliste sur notre environnment économique, tout en restant visionnaire sur les questions de société ?

Nouvelle recette de carottes Maintenant que le carottes sont cuites, ce n’est pas la peine d’en refaire cuire d’autres de la même façon. Il faut changer la recette.

Bon appétit !

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