Un roman russe

Un roman russe, d'Emmanuel Carrère
Cela fait plusieurs jours que j’ai fini ce livre. Plusieurs jours que j’ai envie d’en parler sur ce blog. Mais que dire quand on reçoit un tel coup de poing…

Un roman russe n’est pas un roman. C’est trois histoires vraies enchevêtrées et simultanées de la vie Emmanuel Carrère en 2004d’Emmanuel Carrère, écrivain connu et déchiré : il dit lui-même que la folie et l’horreur ont obsédé sa vie. Ces autres livres, La classe de neige, La Moustache et, encore plus, l’Adversaire en témoignent largement. Il avait commencé par de la fiction, de vrais romans (La Moustache, La Classe de neige), continué par une sorte de reportage (L’Adversaire) où il retrace l’histoire vraie de Jean-Claude Romand (tiens, presqu’un roman…? ), qui a tué sa femme, ses enfants et ses parents avant de tenter en vain de se suicider, après fait croire pendant 18 ans qu’il était médecin auprès de l’OMS.

Avec Un roman russe, le sujet est la vie très personnelle de l’auteur. Un bel exemple de la littérature du « Je » qui souvent m’exaspère. Pourtant, ici, je n’ai pas laché le livre.
A l’origine de ce livre, un secret de famille qui plombe lourdement la vie de l’auteur et aussi celle de sa mère, la célèbre académicienne Hélene Carrère d’Encausse, ombre et lumière toujours portée sur ce livre. Secret qui restera non ellucidé. Mais la quête de ce secret peut-elle suffire à soigner les blessures ? ou bien la mise en scène de cette quête par le biais de la littérature ? Cette quête s’achève sur une des plus belles lettres qu’un fils (quadragénaire) peut écrire à sa mère.

Autre mise en scène : celle de sa vie amoureuse avec la parution d’une nouvelle érotique dans Le Monde (je me souviens très bien de l’avoir lue) qui devait être un cadeau d’amour Retour à Kotelnitchet s’est révélée être la signature d’un échec douloureux.
Troisième mise en scène, celle qui a fait l’objet d’un film Retour à Kotelnicht : au départ, un reportage sur un prisonnier de guerre hongrois oublié de tous qui avait passé 55 ans de sa vie dans un hôpital psychiatrique. A l’arrivée, un crime épouvantable.

Ce livre, c’est celui de la mise en scène du réel, de sa propre vie pour essayer de mieux la comprendre, ou de la déterminer. Une tentative, souvent infructueuse, de contrôler sa propre vie. De la choisir, de la manipuler ?
C’est le propre des créatifs, des artistes d’avoir la possibilité de mettre en scène leur vie, de façon plus ou moins explicite. Et d’en faire, dans le meilleur des cas, une oeuvre d’art. Parfois (souvent ?) au détriment de leur propre vie.

Après avoir écrit Un roman russe, Emmanuel Carrère a confié à Florence Noiville, journaliste au Monde : «  Il s’est passé une chose inouïe. Depuis que j’ai terminé ce livre, je n’ai plus rien fichu. Mais sans aucune culpabilité ni angoisse. Ceci ne m’était jamais arrivé de ma vie. « 

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