Les quatre coins du cœur – Françoise Sagan – (Plon – septembre 2019)

Septembre 2019 : cela fait déjà quinze ans que Françoise Sagan est décédée. Elle avait laissé des manuscrits plus ou moins terminés, des nouvelles, des pièces de théâtre, des articles dont la plupart a été éditée. Parmi ces manuscrits, le fils de l’écrivaine, Denis Westhoff et l’éditeur de l’écrivaine, Jean-Marc Roberts, ont décidé de publier « Les quatre coins du cœur ».

L’intrigue, comme très souvent chez Sagan, a lieu dans un milieu bourgeois et riche, en province – la Touraine. Toute une famille se retrouve dans une demeure qui « réunissait deux siècles d’un couteux mauvais goût ». Le ton Sagan est lancé, son écriture acérée faisant mouche pour montrer combien la richesse est rarement synonyme de bon goût. Le lecteur fait connaissance peu à peu de toute la famille Cresson, le patriarche Henri, surnommé en Touraine le « Vautour volant », son fils Ludovic, « vigoureux et sain (…) un peu play-boy, un peu nigaud » et sa femme, Marie-Laure, qui veut « vivre sa vie » et conduire celle des autres, notamment celle de son époux. Ludovic sortait de l’hôpital après un accident de voiture (aventure très saganesque). Arrive la mère de Marie-Laure, Fanny Crawlé, qu’elle n’avait jamais apprécié. Le jeu de la séduction et du hasard, va donc commencer. Et se poursuivra jusqu’à la fin de livre. Pas question dé dévoiler la fin de l’histoire.

Sagan, même âgée, avait-elle gardé intact son caractère de « charmant petit monstre », comme l’appelait François Mauriac. La férocité de son regard s’était-elle étiolée avec l’âge ni le succès ? Non, son écriture, précise, sèche parfois, fait toujours merveille pour porter son regard acide, voire cruel  sur un milieu qu’elle connaissait bien. Quelques exemples : « Il fallait (…) qu’il fasse mordre la poussière à cette gorgone aux traits si doux et aux vêtements si impeccables, à cette épouse si élégante de corps et si vulgaire d’esprit, à cette femme sans cœur.» « Privé de tendresse depuis l’enfance, il s’était longtemps senti l’infirme qu’il était définitivement devenu.»  « Une idée l’effrayait maintenant comme une tare : l’impuissance à aimer doublée d’une frénésie d’afficher ses amours.» « Dans la vraie vie, on aime mieux surprendre qu’apprendre, encore plus que comprendre. »

Ce livre, dont le sujet n’a rien de très original, se lit avec curiosité et plaisir, grâce au regard féroce et l’écriture aigüe de Sagan. Et aussi, peut-être, parce qu’il finit avec les réflexions du patriarche qui évoque un doux souvenir, d’où toute arrogance a disparu au risque d’être ridicule.
Humilité, ultime inversion de la saga saganesque ?

© Les quatre coins du cœur – Françoise Sagan – Plon– 2019 – 210 pages – 19,00 €

Photo © DR. FRANÇOISE SAGAN

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