Côte d’Ivoire : qui dit la vérité ?

Amnesty International a publié la semaine dernière un rapport sur la situation en Côte d’Ivoire qui, à ma connaissance, n’a eu guère d’échos dans la presse française. Fidèle à ce qui devient son habitude quand il s’agit des affaires internationales, l’ensemble des médias, presque toutes opinions confondues, est atteint d’un panurgisme aveugle : elle se rallie à une position commune et réductrice, donnant des bons points à un camp et fustigeant à l’envie l’autre camp, reflétant en général la position du Quai d’Orsay, sans chercher à approfondir une réalité souvent bien plus complexe. Tout ceci sous l’œil vigilant de BHL qui décide, pour tout le monde, où est le Bien et où est le Mal. Quand le sujet qui ne fait plus les gros titres de l’actualité, comme la Côte d’Ivoire à présent, plus aucun journaliste ne va enquêter sur le terrain.
Reste, heureusement, Amnesty International.

Ce que dit ce rapport est alarmant : depuis le début de l’année, plus de 200 personnes ont été arbitrairement détenues. Beaucoup croupissent toujours derrière les barreaux et des dizaines de détenus ont été torturés. Pendant les hostilités qui ont suivi l’élection contestée et contestable de Laurent Gbagbo, chaque camp commettait des exactions contre les partisans de l’autre camp, ce dont Amnesty International s’est ému dans un rapport publié en février 2011. On sait les conditions qui ont permis la capture de Laurent Gbagbo avec l’appui absolu des forces françaises. Ensuite, compte tenu de sa bonne image internationale et du fait qu’il semblait être le véritable vainqueur de l’élection présidentielle de décembre 2011, on pouvait espérer qu’Alassane Ouattara allait rétablir la paix dans son pays et faire respecter les règles élémentaires des Droits de l’Homme. Il n’en a rien été. Amnesty international a publié second rapport daté de juillet 2011 en pointant les exactions commises des deux côtés, mais majoritairement par des forces diverses favorables au nouveau président. Et lançait un cri d’alarme sur la stabilité du pays et le respect des Droits de l’Homme dans tout le pays.
Comme le relève le dernier rapport d’Amnesty publié le 26 octobre dernier; la situation ne s’est pas améliorée, notamment avec l’intervention de plus de plus directe des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), regroupement des Forces nouvelles et des ralliés des Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire créées le 17 mars 2011 par Alassane Ouattara, en pleine période de troubles. Ces violations des droits humains ont été perpétrés « alors que les soldats de maintien de la paix de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) étaient stationnés à l’extérieur du camp et bien que la police des Nations Unies était postée à l’intérieur. ».

Ceci corrobore ce que je sais de sources directes. Avant décembre 2010, les contacts que j’avais là-bas ne me parlaient guère de la situation politique ivoirienne. Après la capture de Laurent Gbagbo, beaucoup de ses partisans, y compris des pacifiques, ont quitté Abidjan et les autres grandes villes pour se réfugier « dans la forêt ». Depuis le début 2012, certains sont revenus pour tenter de reprendre une vie normale. Mais ils sont les victimes d’arrestations arbitraires opérées, sans aucune preuve, par les FRCI, les accusant, par exemple, d’avoir des caches d’armes pour préparer un soulèvement contre le pouvoir actuel. Six mois après, rien n’est venu validé ces accusations. En fait, ils cherchent à rançonner leurs prisonniers contre leur liberté. Et la torture leur est infligée lors de leur détention.

Cette réalité n’est pas relayée par les principaux médias français, même sous forme de dépêches. Ce qui est, en soi-même, critiquable. Leur aveuglement a un autre effet secondaire plutôt délétère : cela donne aux deux représentants les plus connus des extrêmes, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, le privilège d’être les seuls à remettre en question la version officielle et à porter une parole moins consensuelle. De la part de Mélenchon, que j’écoute volontiers, même si je ne suis pas d’accord avec lui, cela correspond à son positionnement d’appuyer les dirigeants qui ne suivent pas la communauté internationale. C’est pour cela qu’il a toujours apporté son soutien à Laurent Gbagbo et qu’il a dénoncé de façon véhémente les exactions de certains partisans du régime actuel d’Alexandre Ouattara lors de l’émission politique dominicale de France Inter du dimanche 28 octobre.
Quant à Marine Le Pen, elle peut même se permettre de dénoncer la Françafrique, en y mélangeant des propos xénophobes sur la présence d’immigrés en France. Au conformisme des médias et de la classe politique française répond la confusion intellectuelle de la Présidente du FN et ses déclarations sombrement racistes
C’est lamentable !

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