Bruce Clarke, ou comment concilier l’engagement politique et le geste artistique.

 

Moving in rhe Shadows 2010 – 300 *100cm Acrylique et collage sur toile

En ce samedi doux et nuageux, je revenais chez moi après m’être offert un moment de nostalgie en allant voir l’exposition de photos de Françoise Hardy prises par Jean-Marie Périer. Occasion de revoir, plus de quarante ans après, des photos vues sur les pochettes de 45 tours ou dans Salut les Copains…

Donc, en remontant la Rue de Turenne, je suis attiré par des grandes affiches  devant une galerie appelée avec un rien de provocante ironie « Musée des Arts derniers« . A l’intérieur, des tableaux de grands formats, mélangeant collage et peinture acrylique, et de plus petits formats avec de l’aquarelle. Les collages sont des extraits d’articles de journaux et des portraits déchirés, lacérés. L’acrylique dramatise le propos, avec des touches violentes,  une palette sombre et ocre, éclairée de subtiles nuances bleues ou turquoises, des formes puissantes qui se répètent et se répondent comme l’écho d’un cri. Car les grands formats des toiles en acrylique résonnent comme un cri. Life is War, Moving in the Shadows, Trouble Ahead sont quelques uns des noms donnés à ces toiles.

Bruce Clarke – Photo Le Télégramme

C’est vraiment le moment où l’art, au plein sens du terme, devient un cri de révolte, celle de ce continent pour qui le XXème siècle n’a amené que souffrances, malgré (ou à cause de) ses richesses pillées par tous et partout. C’est une oeuvre d’un artiste engagé …. ce qui pourrait entraîner le pire. Mais bien au contraire d’une image héroïque et univoque, Bruce Clarke, qui est sud-africain, propose une représentation déchirée et multiforme de la réalité. Dans une sorte d’éclatement du propos grâce à la multiplicité des traitements artistiques, il met en lumière une richesse et une ouverture qui annihile toute idée de propagande. Pourtant, c’est une guerre qui est contée avec un souffle épique, guerre dont les soldats sont des anonymes sans chefs….

En contrechamp des grands formats à l’acrylique, les nombreuses aquarelles, également liées à des collages, donnent une vision légèrement différente du même propos. L’épopée devient réflexion, méditation, rêverie fantasmagorique. Cette autre façon de représenter la vie et le combat des Africains élargit la possibilité de se réapproprier la réalité transcendée par l’art. L’une des aquarelles les plus marquantes est L’inquiétante pensée,  où une forme, entre animalité et humanité, est renversée en boule sur le sol. La pensée ressemble-t-elle à cette masse close ? Inquiétante, en effet, si elle conduit à l’enfermement sur soi-même. Regard complémentaire extrêmement troublant…

L’inquiétante pensée – 2011 – 50 x 70cm Aquarelle et collage sur papier

Bruce Clarke réussit à concilier avec force l’art et l’engagement politique. Ce dernier claque aux yeux, mais transfiguré par la puissance de son geste artistique. C’est splendide et laisse longtemps une marque dans l’imaginaire, mais aussi une vraie réflexion sur le destin d’un continent.

Le Musée des Arts derniers est une galerie consacrée à l’expression artistique africaine contemporaine dans une démarche clairement engagée. La prochaine exposition , dès le 11 novembre (dépêchez-vous si vous voulez voir celle de Bruce Clarke !! ) est consacrée au photographe malien Malick Sidibé dont j’ai découvert les photos … en Bretagne ! J’y reviendrai.

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