Plaisirs de rentrée au ciné

La rentrée de cinéma est toujours l’un des grands plaisirs de septembre, après la disette estivale : la programmation à Paimpol se limite à quelques blockbusters américains et des films comiques français dont je ne suis guère friand. Et l’été dans les salles obscures, c’est très agréable quand il fait très chaud, puisque toutes les salles, ou presque, sont climatisées ! Cette année, pas besoin de se rafraîchir dans le noir…

Pourtant, lors d’un très court séjour à Paris, fin juillet, j’ai pu voir deux bijoux, l’un tout blanc, l’autre tout noir.
Le « tout blanc », c’est Lourdes, de Jessica Hausner, avec notamment  Sylvie Testud, Léa Seydoux et Bruno Todeschini. Dans l’ambiance  du pèlerinage de Lourdes, confite en dévotion, très organisée et traversée de conflits étouffés, une malade est miraculée, sans être la plus pieuse. Le mérite-t-elle ?  Ce film est très caustique, d’abord teintée d’ironie, puis de cruauté pour ces réactions où se mêlent envie, jalousie et un soupçon d’admiration,  où même le sentiment amoureux n’a rien de miraculeux ! Sylvie Testud y est parfaite, comme d’habitude, avec, ici, un jeu presque « blanc » : c’est elle, le vrai miracle !

Le « tout noir »,  c’est The Murderer du coréen Na Hong-Jin. C’est très violent, sans relâche, jusqu’à la nausée… J’en suis sorti essoré ! Pourtant je n’ai rien lâché, fasciné par cette destinée tragique entre Chine et Corée du sud, entre recherche de la femme disparue, et fuite devant des hordes d’assassins sadiques. Les courses-poursuites sont extraordinaires ! Dommage que le scénario, à force de rebondissements, finisse par plomber le film qui aurait pu durer 10 à 15 minutes de moins. Mais son efficacité et son énergie m’ont tout de même emporté.

Parmi les films qui sont sortis pendant l’été mais vus à la rentrée, il y a Impardonnables d’André Téchiné, avec Carole Bouquet et André Dussolier. J’ai été vraiment déçu, alors que Téchiné fait partie des réalisateurs français que je préfère. Mais, là, il s’est noyé dans les eaux de la lagune de Venise, à cause d’un scénario mal fichu (adapté d’un livre de Philippe Djian)  qui lui fait perdre son habituel maîtrise de la narration cinématogrpahique. Ça part dans tous les sens en retombant souvent de travers. Je me suis plutôt ennuyé, malgré la beauté de la photo (difficile de faire autrement sur la lagune…) et le talent des acteurs.

Autre film sorti pendant le mois d’aoû mais vu récemment, Les Bien-aimés, de Christophe Honoré avec une distribution incroyable : Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier, Louis Garrel, (ces trois derniers sont des habitués d’Honoré), le réalisateur tchèque Milos Forman,  le chanteur Michel Delpech, et des acteurs moins connus en France (Paul Schneider, Rasha Bukvic, Omar Ben Sellen et Dustin Segura-Suarez). Je n’ai pas apprécié tous les films de Christophe Honoré, réalisateur chouchou de la bobotude, notamment Dans Paris (2006) et Non ma fille, tu n’iras pas danser, que j’ai trouvé vains. En revanche, j’avais bien aimé La belle personne et surtout, le très beau Les Chansons d’amour  pour son sujet, son intrigue, sa mise en scène et les chansons d’Alex Baupain.

Chiara Mastroiani et Catherine Deneuve, dans "Les Bien-Aimés", fille et mère à l'écran et dans la vie

Rebelote avec Les Bien-Aimés : c’est la même recette, histoires sentimentales fragiles et compliquées, destins croisés, gravité, légèreté, irruption de la mort, tout ceci cristallisé dans les chansons d’Alex Baupain. La nouveauté, c’est que l’histoire se déroule sur deux générations, depuis le début des années 60 jusqu’à maintenant, l’histoire d’une femme, pute et amoureuse, l’histoire de sa fille, lestée par une idée de son destin dont elle n’arrive pas à se défaire, l’histoire des hommes qu’elles aiment… ou non. Cela parle de désir et d’amour, et de leur confusion,  du sida et de la mort, de l’actualité aussi, entre l’invasion de la Tchécoslovaquie par les Soviétiques en 1968 et les attentats du 11 septembre. Chaque instant s’inscrit dans la réalité de tous les jours, de chaque époque et de chaque lieu, Paris, Prague, Montréal, servi par une superbe reconstitution. De ce film multiforme, chacun pourra y trouver de quoi alimenter sa réflexion, se souvenir de choses vues ou vécues, se rappeler des émotions ou des sentiments…
Pour ma part, je retiendrai cette chanson chantée par l’héroïne, Madeleine : à 20 ans (Ludivine Sagnier), elle l’interprète, mutine puis essoufflée et finalement hagarde ; à 60 ans (Catherine Deneuve), elle la chante, mélancolique, un grain fataliste, finalement sereine car elle sait que cela ne sert à rien de vouloir éviter le chagrin : « Je peux vivre sans toi, tu sais / mon seul problème, mon amour, c’est /que je ne peux vivre sans t’aimer« .
Belle leçon de vie…

Autre leçon de vie, celle du film révélation de la rentrée La guerre est déclarée. J’en ai déjà parlé récemment…

Un commentaire sur “Plaisirs de rentrée au ciné

  1. L’amour, le long d’une vie, se joue sur tous les tons. Il arrive que parvenu au dernier échelon alors que notre coeur se fait plus paresseux, moins palpitant, il nous surprend et nous rappelle qu’il reste maître de nos sentiments …

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