Grande vitesse dans l’édition

Pour une fois, j’ai lu récemment trois livres liés à l’actualité : un de Régis Debray, Du bon usage des catastrophes, deux de Tahar Ben Jelloun, Par le feu et L’étincelle (Révoltes dans les pays arabes). Plusieurs points communs entre ces trois livres : ils sont courts, ils sont écrits par des membres éminents de l’Académie Goncourt, ils ont été écrits dans l’urgence, ils sont édités par Gallimard… Et ils ne sont que des livres de circonstance, pas vraiment dignes de leurs auteurs.

J’ai déjà dit ce que je pensais du livre de Régis Debray, par ailleurs encensé par la critique : c’est n’est pour moi qu’un produit marketing, n’apportant guère d’idées nouvelles, ni d’analyses fouillées.
L’étincelle, de Tahar Ben Jelloun (qui est, par ailleurs l’un de mes écrivains francophones favoris avec Kundera et Le Clézio) a des caractéristiques semblables. Certes, dans les deux premiers chapitres où l’auteur nous fait entrer dans les pensées des tyrans déchus, Moubarak et de Ben Ali, on retrouve la verve de Ben Jelloun. Mais le reste du livre n’apporte pas de réflexions originales sur ce sujet. Peut-être à cause de la précipitation avec laquelle ce livre a été écrit, alors que ce mouvement de libération des peuples arabes est très loin d’avoir livré toutes ses conséquences. L’article publié dans Le Monde du 3 juin 2011 par Catherine Simon, au sujet du déluge de livres sur ce sujet est très éclairant.
En revanche, j’ai apprécié Par le feu, véritable oeuvre littéraire, fiction des dernières journées de Mohamed Bouazizi, le marchand ambulant qui s’est immolé par le feu, point de départ des révolutions arabes.

Le fast book est devenu une pratique courante dans le monde de l’édition. En tant que lecteur, je ne cède que très rarement à cette tentation. C’est davantage le rôle de la presse, me semble-t-il,de réagir à l’actualité et de l’analyser à chaud.  Je trouve assez pitoyable ces parutions de livres mineurs, voire inutiles, pour surfer sur une actualité – que l’on dit toujours « brûlante ». En outre, après le triomphe de l’opuscule de Stéphane Hessel, Indignez-vous, la mode semble être d’éditer des livres en régime minceur, plus rapides à lire et, probablement, … beaucoup plus rentables pour la maison d’édition.

Vite écrit, vite paru, vite lu, … vite oublié ! J’aime bien le TGV pour voyager, (et encore, pas tout le temps…), mais pas dans le monde de l’édition, surtout quand de grands noms s’y prêtent ! Mais c’est juteux pour les maisons d’édition …

 

 

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