Johnny et Sylvie à Macao

Le couple mythique des années 60 s’est-il reformé pour aller dans l’enfer du jeu asiatique ?

Mais non … Il s’agit pourtant bien de Johnny Halliday, mais pas de Sylvie Vartan. C’est une autre blonde, Sylvie Testud, qui incarne la fille de Johnny dans Vengeance, le dernier film du roi actuel du polard hongkongais, Johnnie To. Ce film a été présenté à Cannes dans une relative indifférence, à part la montée des marches de notre rocker national.

Je suis un fan de Johnnie, pas de Johnny. J’ai déja parlé de lui il y a un an à l’occasion de son film précédent, Sparrow. J’ai retrouvé dans Vengeance sa « patte » particulière qui le classe, pour moi, parmi les très grands réalisateurs. Certes, il fait avant tout ce qu’il est convenu d’appeler des films de genre, des policiers avec moult gunfights et pas mal d’hémoglobine. Mais ce serait une erreur et une injustice de le considérer seulement comme un bon faiseur de films de série B.

Car Johnnie To marie deux qualités qui font les grands cinéastes.
La première est son procédé narratif. Au départ, il conduit l’intrigue policière de façon rigoureuse et implacable. Progressivement, il se donne la liberté d’un dénouement qui fonctionne comme le double fond d’un tiroir. Plus on approche de la scène finale, plus l’intrigue fait un dérapage contrôlé, plus le dénouement s’avère inattendu, les coups de feux plus rares, comme s’ils n’avaient été qu’un leurre dans une intrigue dont le climax n’est certainement pas l’échange des tirs et l’hémoglobine qui gicle.
Cela me rappelle Sam Peckinpah, dont j’ai revu récemment à la télévision le génial Pat Garret et Billy le kid. Ce dernier est tué d’un seul coup de fusil dans le silence d’une nuit d’amour, sans trace apparente sur son corps : ce n’est pas un homme qui a été tué, c’est un mythe de l’ouest américain qui disparait, c’est une amitié qui est assassinée par la divergence inéluctable de deux chemins qui s’étaient croisés.
Dans Vengeance, le héros au nom Melvillien, Costello, incarné par Halliday, est amnésique. Il oublie sa vegeance sur une plage où il partage un repas avec des enfants et une jeune femme sous un soleil très blanc qui évoque davantage la couleur d’un esprit sans mémoire que la carte postale d’une plage de rêve. Et ainsi la clé du film apparait : l’oubli ne vaut-il pas mieux que la vengeance ? Johnnie To, comme Sam Pekinpah ou Jean-Pierre Melville, dévoile le véritable sujet du film en posant, sans lourde rhétorique, une question morale et humaine. Derrière la violence des échanges des coups de feux, le propos humain se révèle. 

La deuxième grande qualité de Johnnie To, c’est son art d’émailler son film de dérivations où son regard se pose sur des « à côtés ». J’avais déja indiqué, à propos de Sparrow, son évocation du Hongkong populaire à mille lieux des buildings ultra modernes dont la ville s’est fait le symbole. Il gratte le vernis du pittoresque de cartes postales en glissant un regard aigü et tendre sur les quartiers populaires, les petits restos, les appartements miteux. Quand il montre le célèbre skyline de Hongkong dans Vengeance, il fait demander à Costello « Où on est ? », malicieuse pirouette pour désacraliser les images trop institutionnalisées du lieu.
Il insère des scènes toujours très savoureuses autour d’un repas, moment où familles et amis se retrouvent, parenthèses dans une vie impitoyable, respiration avant de replonger dans l’apnée du film policier, prélude à un moment tragique, dernier clin d’oeil, ultime sourire avant la reprise des hostilités. 
 Dans les scènes de gunfights, souvent nocturnes, les balles s’effacent derrière des plumets en suspension dans la nuit striée de coups de feux. Le jour, des enfants couvrent de petits stickers anodins le manteau du « méchant » pour en faire la cible des justiciers. Il évoque en noir Les Parapluies de Cherbourg, ou bien les films de guerre chinois comme le dernier John Woo, Les trois royaumes, mais les boucliers sont remplacés par des meules de foin.
Tous ces détours, ces dérivations, ces citations s’insérent étroitement à l’intrigue du film, ne lui retire en rien son rythme, lui donne une scansion particulière. 

Et Johnny (Halliday) ans tout ça ? Le Monde s’est demandé si ce n’était pas le rôle de sa vie. Je n’en sais rien, ayant une connaissance assez limitée de sa filmographie. J’avais bien aimé Jean-Philippe, une mise en abyme de son propre mythe qu’il soutenait avec une certaine légèreté, face à un Fabrice Lucchini tout entier dans son rôle de fan.
Ce qui est sûr, c’est que Johnnie a filmé Johnny sans faire référence au mythe connu des seuls Français et Belges. Il l’a traité comme un acteur. Son anglais très Frenchie rend les dialogues assez décalés et permet d’éviter au spectateur français de se rappeler ses interviews où il est rarement à son avantage. Johnnie To le filme avec une caméra sans pitié pour ses rides, utilisant sa présence physique un rien nonchalante. La caméra reste éblouie par son regard qui tient à un fil quasi translucide.
Johnny joue peu. Il est.

2 commentaires sur “Johnny et Sylvie à Macao

  1. ah que ouais, il est johnny, et pas qu’un peu 🙂
    ce thème de la vengeance et de la réflexion sur elle (ne vaut-il pas mieux l’abandonner comme projet), on l’avait bien aussi dans ce film, que j’ai beaucoup aimé, de Robert Guédiguian, Lady Jane, avec bien sûr Ariane Ascarides dans un de ses plus beaux rôles…

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  2. Ah, mais voilà une critique qui donne envie. J’avais envie intuitivement d’aller le voir car je ne suis pas fan de Johnny. Mais le thème, le lieu, le metteur en scène me paraissaient suffisamment surprenants pour que Johnny y soit et donc j’avais cette impression que le film vaudrait le détour. Vous m’avez convaincue…

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