Le comportement en politique

Cela fait longtemps que je donne plus d’importance au comportement de l’homme politique qu’à son programme. La lecture des programmes n’est que celle d’une liste d’annonces qui ne sont que des voeux pieux, dont on ne sait jamais comment ils pourront être atteints et qui seront de toute façon déçus. Hormis quelques exceptions, comme l’abolition de la peine de mort par Mitterand en 1981.

Le comportement permet d’avoir une idée de la façon dont l’homme politique agira, s’il est élu. Il donne des éléments sur les valeurs qui sont les siennes et, par conséquent, quelques signes sur son idéologie plus ou loin souterraine.
C’est pour cela que je reste admiratif pour Lionel Jospin qui est resté intègre, non seulement matériellement mais aussi intellectuellement. Et qui, de plus, a su diriger une équipe ministérielle très hétéroclite (la « Gauche plurielle ») en lui gardant une certaine cohérence.
Pour Michel Rocard qui, malgré le piège tendu par Mitterand, a essayé de faire face aux nouveaux défis d’une crise dont on ne sentait que les prémisses, en confortant la solidarité nationale (création du RMI) alors que le libéralisme étendait son emprise dans le monde occidental.
Pour Raymond Barre, et son mépris total de la démagogie, qui lui ont valu la haine de la gauche et le mépris de la droite.

François BayrouLe comportement du personnel politique est de plus en plus sollicité avec la médiatisation intense dont ils sont à la fois les acteurs et les victimes. Le système médiatique expose quiconque s’en approche au « pêtage de plomb ». Bayrou l’a fait hier soir. Comme l’avait fait Ségolène Royal pendant le débat contre Sarkozy avec sa fameuse colère sur les handicapés dont on voyait trop que ce n’était que la posture.
Sarkozy est un habitué du pêtage de plomb, c’est pourquoi toutes ces interventions sont maintenant totalement blindées et cadenassées, y compris par un service d’ordre plantureux quiand il se déplace en province. Mais son comportement politique reste totalement sous le signe de l’effet d’annonce, de l’agitation que sa gestuelle personnelle a du mal à maîtriser, de la faim de pouvoir qu’il pense être légitime car il a été « bien » élu…

A deux jours de l’élection européenne, seuls les comportements de Martine Aubry et de Daniel Cohn Bendit me semblent acceptables. Martine Aubry, malgré ses erreurs de tactiques en disputant avec Bayrou l’image du « meilleur opposant » et s’assignant comme but d’empêcher la réelection de José Barroso dont le nom et la fonction ne résonnent pas vraiment pas aux oreilles de la majorité des électeurs français. Elle hérite d’un parti en pleine crise et essaie d’y faire face avec un certain courage. Dommage qu’elle ne devienne convaincante que seulement à quelques jours avant le 7 juin. 

COHN-BENDIT- EBA JOLY EUROPE-ECOLOGIELe comportement de Daniel Cohn Bendit me semble tout à fait remarquable. C’est un provocateur, depuis plus de 40 ans, avec un zeste d’autodérision. Depuis qu’il est une des figures de proue des « Verts », il a toujours pris soin de placer son combat dans un contexte européen, en dehors de toute ambition présidentielle, voire même avec une certaine distance par rapport à la tentation du pouvoir. Il a été capable d’unir dans une meme liste l’altermondialiste José Bové, la juge d’instruction Eva Joly et les proches de Nicolas Hulot. J’aime bien les métissages à tout point de vue. Le pari de Cohn Bendit est un bel essai de faire marcher ensemble plusieurs tendances. Rien que pour ça, je le suis.

5 commentaires sur “Le comportement en politique

  1. Pas facile de se faire un jugement à travers l’affrontement médiatique des têtes de liste : la règle du jeu ne permet pas toujours aux participants d’avoir un comportement « digne ». Et puis Axelle, je crois qu’on en est tous là, pour penser il faut pouvoir s’extraire de la vie, mais doit-on pour autant laisser les autres penser à notre place : c’est une question bien cruciale dans une démocratie où chacun doit être à même de juger en son âme et conscience ! Bien à vous

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  2. @ jmph : tu écris que « le comportement de Daniel Cohn Bendit me semble tout à fait remarquable »…

    Certes, il n’a pas d’ambition présidentielle, mais un minimum de tenue (même lorsqu’il est attaqué sur une vieille affaire qu’il traîne comme une casserole) dans un débat télévisé ne messied pas.

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