Un jet de pierre…

J’ai lu ce livre comme on reçoit un jet de pierre : pas le temps de faire un pas de côté, il m’avait déjà frappé en pleine tête, le front a commencé à saigner, la bouche à ne plus articuler, les oreilles à bourdonner, seuls les yeux continuent de voir, en allant de plus en plus vite pour être certains qu’ils n’allaient pas se fermer. Les jambes, elles, ne marchaient plus.

J’ai lu ce livre en moins d’une heure. Il raconte 30 ans de plusieurs vies, celle d’un père et de ses deux enfants handicapés, l’un est déjà mort, l’autre est déjà vieux.

Pourquoi lire un tel livre ? Pour mesurer sa chance d’avoir eu trois beaux enfants en bonne santé ? Pour conjurer le sort  que la génération suivante – déjà deux petits fils, la petite fille arrivant dans les jours prochains – soit également épargnée ? Pour ressentir de loin, en une heure, ce qu’on ne voudrait pas vivre pour rien au monde ? Masochisme ? Voyeurisme ? Pour mesurer sa propre bravoure ?

Où on va, papa ? de Jean-Louis Fournier (Editions Stock)Sans savoir ce dont il s’agissait, j’avais offert ce livre à mon fils aîné, qui est déjà père, juste parce que j’avais ouï dire que c’était un « bon livre » et que je trouvais le titre sympa.
L’exemplaire que je viens de finir m’a été prêté par ma fille, qui est déjà mère et qui va accoucher dans les prochains jours.

Je sais que je me souviendrai de cette heure de lecture toute ma vie.

Où on va, papa ? de Jean-Louis Fournier (Editions Stock)

4 commentaires sur “Un jet de pierre…

  1. Je n’ai pas lu ce livre mais j’ai vu une interview télévisée de Jean-Louis Fournier… Même à l’oral et devant une caméra son auteur était bouleversant.

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  2. La seule façon de ne pas être bouleversé par ce livre serait de ne pas le lire, et quel dommage, c’est tellement bien, fin, sensible, sans apitoiement, parfois drôle… Mais c’est vrai que, s’il se lit en une heure, il faut en prévoir deux autres pour s’en remettre.

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  3. J’ai aimé ce livre, pour ses 40 premières pages, qui m’ont bouleversé.
    J’ai pris plaisir à relire ces pages, de la buée dans les yeux moi qui suis jeune père. Appréciant aussi qu’on puisse parler de tels sujets avec humour et détachement.
    Et puis la suite m’a laissé l’impression d’un soufflé qui, sans retomber tout à fait, perd tout de même sa beauté originelle.
    Peut-être est-ce l’ego de l’auteur, fort présent bien qu’assumé, qui finit par me gêner et m’amène à penser qu’il a écrit sur lui plus que sur ses enfants (pourquoi pas d’ailleurs, sauf qu’il annonce au début du livre vouloir écrire un livre pour ses enfants – certes pas « sur »). Les 90 pages suivantes n’apportent plus grand chose de neuf, de nouveau, ni dans le ton, ni sur le fond de ce qu’exprime l’auteur dans les premières pages : le regret, la frustration, le sentiment de destin contraire, etc.
    Par moment, même, j’ai l’impression que Fournier parle plus des enfants qu’il n’a pas eu, ceux qu’il aurait aimé avoir, ce qu’il aurait aimé faire avec eux, que de ses enfants.
    Mais peut-être qu’au fond, c’est ce que dévoile le livre : l’impossibilité de parler de ces enfants-là ?

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