Doute de lecteur

Philippe Sollers est-il un grand écrivain ? Je n’en sais rien. Son image est tellement obscurcie par sa médiatisation omniprésente et autosuffisante et sa réputation d’être un des régents-gérants du royaume littéraire germanopratin. Mais ne dit-il pas lui même que « mon image, c’est mon cadavre, je m’en fous »… Allons au plus important, à ses livres.

Femmes de Philippe Sollers ( Folio)Le premier livre que j’ai lu de Sollers était Femmes (Editions Gallimard), paru en 1983, l’un de ses plus grands succès éditoriaux. J’ai réussi à le terminer, intrigué par son écriture chahutée, émoustillé par les descriptions sexuelles, totalement indifférent au côté « révélations » des coulisses du monde littéraire, de l’identité réelle des femmes avec qui l’auteur couche et quelques uns de ses « collègues » du monde intellectuel sur lequel il aime dire des vacheries. 

Mystérieux Mozart (Folio)Le deuxième livre fut Mystérieux Mozart (chez Plon), qui date de 2001. Le titre m’avait alléché. Car l’expérience personnelle que j’avais de ma longue écoute de oeuvres de Mozart peut s’agréger en un seul mot, le mystère, qui se dissimule derrière la clarté de sa musique. Là aussi, j’ai fini le livre, cherchant jusqu’à la dernière page le moment où je pouvais avoir l’impression qu’un grand et célèbre familier de Mozart pouvait m’accompagner sur le chemin du mystère mozartien. Mais pas d’accompagnement, pas de mystère, mais seulement des éclats d’un savoir écrasant et de faux paradoxes jetés en vérités absolues.

Les Voyageurs du temps  (Gallimard)Troisième livre de Philippe Sollers, que je viens de finir, Les Voyageurs du temps (Editions Gallimard). De nouveau, j’espérais être accompagné, voire même épaulé dans mes réflexions personnelles sur le temps. Comme je suis assez têtu et parfois patient, j’ai atteint la dernière page, un peu éberlué par les feux d’artifices d’une érudition qui m’écrabouille. Mais d’accompagnement, de partage ? Rien !

Ne pouvant pas douter de Sollers (impensable, n’est-ce pas ? ), je me suis mis à douter sérieusement de moi. A me poser des questions : pourquoi je lis ; qu’est ce que je cherche en lisant, en dehors du temps passé que j’arrive à distraire d’occupations plus prosaïques… Que ce soit par la fiction, l’essai, les mémoires ou tout autre genre, je recherche une résonnance avec ce que je suis, modeste lecteur. Résonnance parfois antagoniste, parfois complice, parfois éblouie. Résonnance qui m’amène à découvrir des contrées lointaines et inconnues ou bien à reprendre les travaux pour cultiver le jardin personnel.

La lecture de ces trois livres de Sollers ne m’a jamais donné l’impression d’être embarqué avec lui pour un voyage lointain, ou de marcher ensemble sur un chemin déjà connu mais toujours à redécouvrir. Je le vois comme un acteur virevoltant, donnant à voir son ramage et son plumage, certes très abondant et coloré, mais se tenant tellement à distance. Finalement, son image tellement encombrante ne s’est pas dissipée à la lecture de ses ouvrages, bien au contraire.

Les passions de Francis Bacon (Gallimard)Suis-je trop con, alors ? A lire ce qu’il pense de ceux qui ne le couvrent pas de louange (lire sur son site officiel l’article appelé « la connerie se porte bien« ), oui, je me sens con, j’en viens à douter de mes capacités de lecteur…

Le seul doute que je n’ai plus, c’est que je n’achèterai plus de livre de Sollers.
D’ailleurs, il m’en reste encore un à lire chez moi, Les passions de Francis Bacon (Editions Gallimard). Je ne l’avais pas acquis à cause de son texte, mais pour avoir d’autres reproductions d’un de mes peintres préférés…

5 commentaires sur “Doute de lecteur

  1. Quelqu’un qui utilise un fume-cigarettes ne peut être littérairement aussi mauvais que tu l’indiques.

    Sollers est parfois brillant, étincelant, il éblouit et ça peut faire mal aux yeux : porter des lunettes noires par précaution devant ses pages.

    Son art de la vire-volte, sa maîtrise de la polémique (par exemple contre les réationnaires anti-psychanalyse), son amour de l’art, son esthétique mise en pratique dans bien des domaines suffisent à lui assurer quelques lecteurs qu’il peu combler parfois.

    Mais il se remettra de ta défection !

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  2. Trois livres avant de jeter l’éponge, on ne pas dire que vous n’avez pas essayé et n’espère pas vous convaincre. Mais puisque vous n’avez pas lu le texte d’accompagnement des « Passions de Francis Bacon » – et pour ceux que le sujet intéresse – on y trouve cette petite phrase étonnante :

    « J’ai toujours voulu – sans jamais réussir – peindre le sourire », disait Francis Bacon, un jour de mai 1966, à David Sylvester. S’agissant de l’oeuvre de F.B., il ya de quoi être surpris.

    Cette citation dans son contexte c’est ici : http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=157
    Quant au célèbre tryptique « Trois personnages au pied d’une crucifixion » (1944), ce que Sollers en dit est ici :
    http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=526
    Je trouve ça plutôt non convenu et vivifiant.

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  3. Tu le sais parce que nous en avons parlé ensemble lundi, je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi sur Sollers (j’ai même fait un billet enthousiaste sur son dernier livre!). Je me rends compte avec le temps qu’il est un délicieux provocateur et… j’aime ça (!). Je suis allé voir le site que tu indiques (son site « officiel ») et j’y ai trouvé ça:
    « Elisabeth : Comment voyez-vous Barack Obama ? Un futur « voyageur du temps » ou…
    Philippe Sollers : Je viens d’entendre des individus extasiés depuis Washington disant qu’Obama est Dieu, qu’il y a eu le Christ, et que maintenant c’est Obama. Vous comprendrez que dans ces conditions je reste résolument papiste. D’ailleurs, Obama, que je propose d’appeler « nice brother », me paraît sérieusement encadré par un pasteur fou et par une femme qui visiblement le considère comme son petit garçon. Je lui souhaite donc bonne chance. »
    Ca, c’est tout Sollers… et ça se savoure (à petites doses certes!).

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  4. J’avais lu cette réponse de Sollers au sujet de l’Obamania : bien tournée, évidemment, provocatrice bien sûr.
    Peut-être est-ce inévitable avec la provocation : faire des amalgames (« l’encadrement » d’Obama par le pasteur Wright dont il s’est très clairement détaché) et des affirmations qui se veulent mordantes (Michelle considère Barack comme son petit chien) mais qui, en fin de compte, en disent peut-être davantage sur le type de relation que Sollers peut avoir avec les femmes…
    Mais peut-être vais-je tomber dans la provocation, et, à ce jeu là, je pars perdant…

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