Trois films audacieux !

A quelques jours de la cérémonie des Césars et loin du « gentil » Dany Boon qui boude, le cinéma français donne régulièrement de bonnes nouvelles de lui, comme ces trois films vus ces derniers jours. Un vent d’audace souffle, cela fait plaisir et permet d’oublier les comédies consensuelles dont on est gavés.

D’abord, le Bal des actrices de Maïwenn. C’est un film très bien ficelé sur ces belles qui nous font (plus ou moins) rêver. Il se présente comme une sorte de making off sur un documentaire sur les actrices, montrant l’envers du décor, traquant leur vérité. C’est en fait une fiction qui se permet un jeu de faux semblants et de miroirs se reflétant les uns aux autres dans un esprit d’auto-dérision, qualité rare et précieuse par les temps qui courent. C’est non seulement très drôle, mais aussi débouche sur des plages troublantes d’émotion et de vérité, notamment avec Muriel Robin, Romane Bohringer et Julie Depardieu. Toute la distribution est épatante, y compris l’étonnant Joe Starr ! Et, cerise sur la gâteau, le film est ponctué de numéros de comédie musicale « à la française », bien loin de la perfection américaine, mais dont les approximations renforcent l’autodérision qui est la marque du Bal des actrices.
Ce film est surprenant, très habile et très drôle. Avec seulement une petite centaine de copies en France, il a attiré près de 200 000 spectateurs en France en deux semaines. Pas si mal…

Affiche du film RickyDeuxième film, Ricky, de François Ozon, dont le film Huit femmes (encore un film d’actrices en comédie musicale) a rencontré un grand succès en 2002.
Ricky commence comme un chronique sociale, continue comme une comédie romantique, qui vire au drame et … fait un virage vers le fantastique. Même dans ce registre, il fait des pas de côté et nous ramène vers le thème central, celui de lien familial, vrai sujet du film. Mais Ozon n’allait pas imposer un conte familial classique. Son talent de créateur emmène le spectateur sur des chemins de traverse grâce auxquels des choses importantes mais peu visibles se révèlent. C’est le talent du créateur de les proposer pour appréhender différemment la réalité.

Troisième film qui prend des chemins de traverse, Eden à l’ouest, de Costa-Gavras. Pourtant ce réalisateur n’a pas l’habitude de prendre des détours pour dénoncer les crimes politiques et le totalitarisme, de quelque bord que ce soit. Dans Eden à l’ouest, il s’agit des pérégrinations d’un immigrant clandestin qui fuit un pays indeterminé et qui cherche à rejoindre Paris. Les premières minutes sont d’ailleurs très fortes, en montrant les conditions de transport des immigrants clandestins qui tentent d’arriver par la mer.
Puis le spectateur suit une étrange odyssée, étrange car le clandestin, Elias, est d’une beauté qui ébranle femmes et hommes. Son parcours ne peut donc être celui du commun des mortels : sa beauté l’expose et le protège en même temps. Cela permet à Costa-Gavras des détours impitoyables et parfois drôlatiques, d’abord dans un club de vacances où les clandestins échouent, morts ou vifs, puis sur une route traversant Alpes et Alsace pour arriver à Paris, la ville tant désirée. Chaque rencontre révèle des comportements divers et contradictoires, donnant une palette très large des façons de réagir de notre société face à l’immigration clandestine, y compris un clin d’oeil très acide sur sa médiatisation.
La présence du bel Elias m’a fait penser à ce personnage mystérieux d’une étrange beauté qui bouleverse la vie d’une riche famille milanaise dans le film de Pasolini, Théorème. Pasolini disait que ce personnage était Dieu.
Faut-il voir dans Elias, cet immigré clandestin ‘beau comme un dieu », une incarnation divine ? Je ne pense pas que c’était l’intention de Costa-Gavras, mais qui sait …

3 commentaires sur “Trois films audacieux !

  1. J’ai beaucoup aimé Eden à l’ouest et cette folle odysée. Pourtant, en tant que femme je ne trouve pas Elias d’une beauté qui m’ébranle…. Par contre, si j’ai vu des extraits de Ricky, je n’ai pas eu envie d’aller le voir en entier, mais c’est un film assez audacieux, ce petit ange qui échappe à la surveillance de sa maman en plein supermarché, c’est dole ou ça dérange.

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  2. Terence Stamp! oui, c’était Terence Stamp qui faisait le Dieu en question. C’était quand même bonnard, Théorème. Surtout quand la femme employée comme domestique faisait de la lévitation…
    Je n’ai vu aucun des trois films dont tu parles. En revanche, j’en ai vu un que je trouve excellent, dont tu ne parles pas: l’Autre, avec Dominique Blanc. Je crois que je vais tout de suite faire un petit billet là-dessus d’ailleurs… je te le conseille (le film, pas le billet!)

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  3. Oui, « Luthecia », le film d’Ozon est visuellement dérangeant. Mais c’est une audace de forme plus que de fond : c’est un film sur la différence, et la liberté qu’on doit laisser aux « différents », quels qu’ils soient.

    Oui, Alain, Théorème reste une provocation et un chef d’oeuvre qui ne devrait pas avoir pris une ride… mais je ne l’ai pas revu depuis sa sortie. Quant à « L’Autre », il est à mon programme, ne serait-ce que l’immense Dominique Blanc.. Et puis c’est inspiré d’un livre de ta chère Annie, me semble-t-il ?

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