Si le soleil ne revenait pas – Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947)

Dans un village coincé au fond d’une vallée alpine, le soleil disparait chaque année derrière les montagnes le 25 octobre et réapparait le 13 avril. Mais, cette année-là, Anzévui, du haut des livres que lui seul est capable de lire, se demande si « (…) le soleil n’en a plus pour longtemps à nous éclairer », alors que la guerre civile espagnole fait rage autour de Malaga. « (…) Avant la fin de cette guerre, le soleil se détournera de nous ». Il soulève interrogations et frayeurs parmi les habitants qui tendent l’oreille. Tout le village est plus ou moins pris de panique.

« Si le soleil ne revenait pas » raconte les attentes, les angoisses, les espoirs des habitants du village, et leurs interrogations. Pourquoi cette année serait-elle différente des autres quand les montagnes cachent le soleil en attendant le printemps où il réapparait sans faute. Certain(e)s ne prennent pas au sérieux les prévisions d’Anzévui se rappelant que « que notre soleil à nous, on le tient à la cave, on n’a pas besoin d’aller loin pour le trouver. » D’autres déclarent que « (…) ça ne m’étonne pas que tu y croies : un pays comme le nôtre, un pays pauvre, un pays triste, un pays où il n’est pas là pendant six mois. Ça vous donne des idées. »

L’un des jeunes du village, Cyrprien Métrailler, s’en va à 6 heures du matin pour aller chercher le soleil, malgré la nuit et les chemins glissants. « Il n’y avait plus de ciel ; il y avait seulement un brouillard jaunâtre qui était d’une pente à l’autre comme une vieille serpillière. » (page 38). Il voit enfin le soleil se dégager derrière une chaîne de montagnes. « Il est devenu rouge et la roche où se tenait Métrailler devient rouge ; et le soleil là-haut ne s’était pas montré, mais il semblait qu’on le montrât : il ne s’était pas soulevé mais il semblait qu’on le soulevât, échevelé, tout enrubanné, tout enserpenté de nuées qui étaient elles-mêmes comme des caillots de sang. (page 48). Le lendemain, le père Métrailler, accompagné de villageois, ont retrouvé Cyprien chancelant de fatigue quand la nuit était en train de tomber. Ces pages sont parmi les plus prenantes du livre où se mêlent le réalisme le plus sévère et l’onirisme le plus intriguant.

Se continuent les scènes dans lesquelles jeunes et vieux, femmes et hommes se demandent si le soleil va finir par disparaître, et quand. Toutes les tensions qui traversent le village apparaissent. Cette société villageoise, apparemment soudée, laisse sourdre les solitudes et les tourments. L’amour, aussi, est évoqué dans une jolie scène où une souris sort de son trou dans le grenier au-dessus des deux amants.

La majeure partie du récit se déroule dans l’obscurité de la nuit, celle des maisons mal éclairées, des inquiétudes devant tourments, des nuits qui semblent ne pas finir, en recevant les échos lointains de la Guerre civile espagnole. Mais au contraire de cette dernière, c’est la lumière qui gagne contre les sombres calculs inexacts d’un savant qui n’est qu’un charlatan.

Conscient des périls qui menacent alors l’Occident, sur les vérités premières à défendre et à maintenir, Ramuz a écrit ce livre en 1937 au moment de la guerre civile espagnole,

C’est par hasard que j’ai lu ce livre au moment où la plupart d’entre nous de pose la question de savoir si les nuages d’une pandémie virale va recouvrir le monde et assombrir durablement notre avenir et celui de nos enfants. J’ose une analogie entre ce livre et notre actualité, car il pose la question de la vérité scientifique, clé du pouvoir de guérir, de sa découverte par voie expérimentale et de sa manipulation par goût du pouvoir.

© Si le soleil ne revenait pas – C.F. Ramuz – (Editions Séquences – 1987) – 176 pages – 66,00 FF

Charles Ferdinand Ramuz

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