Ton père – Christophe Honoré – Mercure de France – (2017)

Christophe Honoré est cinéaste et écrivain breton. A ce jour, il a réalisé 13 films, 22 livres pour enfants, 5 romans -dont Ton Père qui fait l’objet de la présente chronique -, il a mis en scène 9 opéras et pièces de théâtre… Sa fiche Wikipédia donne le vertige, il n’est pas à un défi près.

Comme ce défi : sa fille a trouvé épinglé à la porte de leur appartement un papier où est écrit en feutre noir : « Guerre et Paix : contrepèterie douteuse ». Oui, il est homosexuel ET père. D’où la question : comment peut-on être père et gay ? Deux semaines après, il trouve devant sa porte une enveloppe déchirée avec une merde dessus et contenant les deux tomes du Journal d’André Gide. Il ressent alors une certaine fébrilité qui laisse sa trace tout au long du livre, fébrilité qui se double d’une légèreté revendiquée d’un homme qui vit selon ses désirs et ses rencontres. Dès son adolescence bretonne, il avait comme ambition de concilier ce qui paraît inconciliable : « (…) je me lançais dans la vie avec le double espoir d’enculer tous les garçons de la terre et de vivre entouré de mes enfants. » Fébrilité qui s’alourdira avec l’épidémie du sida illustrée dans ce livre par des photos d’artistes qui en sont morts et qui a puissamment influencé la création de ses livres, films et mises en scènes théâtrales.

On retrouve ce mélange de fébrilité et de légèreté dans une grande partie de son œuvre cinématographique, comme « Les Chansons d’amour », qui a rencontré un grand succès en France en 2007. Légèreté de ton et gravité du propos parcourent ainsi tout le livre, entre le sérieux du sujet, les risques encourus, les conseils doucereux  » Vous serez gentil de na pas faire d’enfant « , la satisfaction de  » m’inventer une vie qui s’accorde à mes désirs  » et l’amour d’un père pour sa fille qui le lui rend bien.

Fébrilité, marquée aussi par l’enquête personnelle qu’il poursuit pour trouver la personne qui l’agresse avec ses signes douteux. Légèreté des rapports entre père et fille, nimbée aussi de mélancolie quand il imagine sa propre mort découverte par sa fille, l’une des pages les plus troublantes du livre. Fébrilité joyeuse, quand il apprend que le corps de son amie  » s’est mis en marche. (…) Vent, vent, tout a fleuri. « 

Avec ce face-à-face entre fébrilité et légèreté, Ton père, au-delà de l’apparente provocation de son sujet, donne à à ce livre une fragilité étonnante qui l’éloigne de tout discours militant assommant et inutile. Mais ce propos est-il accepté encore maintenant ? Rien n’est moins sûr : l’hostilité reste rampante, plus ou moins déclarée.

© Ton père – Christophe Honoré – Mercure de France – (2017) – collection Folio – (2019) – 194 pages – 5,95 €

Christophe Honore, cineaste et ecrivain francais, photographie en juillet 2014 a Paris par Mathieu Zazzo

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