Les Porteurs d’eau – Atiq Rahimi – (P.O.L. 2019)

11 mars 2011 : les Talibans détruisent les deux Bouddhas de Bâmiyân, en Afghanistan.
[Cette destruction avait frappé d’effroi, de colère et d’incompréhension une grande partie de l’opinion mondiale, destruction exécutée par les Talibans qui occupaient, alors, une grande partie de l’Afghanistan.]

Deux récits s’entrecroisent à des milliers de kilomètres l’un de l’autre : Tom se réveille, à Paris, à côté de sa femme Nina. Tom est exilé afghan. Son regard s’abîme dans une reproduction d’un célèbre tableau de Magritte, La Reproduction interdite. Il souffre de « paramnésie, cet état étrange dans lequel on pense avoir vécu la scène autrefois, par anticipation » sensation obsédante du déjà-vu ou déjà-vécu. Tom ira jusqu’à Amsterdam pour retrouver sa maitresse, Noria. Et rencontrer une vieille femme, Rozpinoza, qui lui révélera une histoire ignorée.

 Yûsef est porteur d’eau à Kabûl, sous la surveillance intraitable des Talibans le menaçant de 97 coups de fouet en cas de manquement à son devoir. Il est réveillé par sa verge en érection, à côté de la femme de son frère, Shirine, toujours endormie. Il ressent un sentiment étrange, révélé par un ami, marchand sikh afghan, converti au bouddhisme. Et fera basculer la vie des siens.

Ses deux récits parallèles, apparemment totalement différents, se rejoignent à distance. Deux vies faites de mensonges acceptés mais pesant lourds, se délabrent :  Tom reprend son prénom de ­Tamim, et Yüsef se libère en se dépouillant de tout. Il n’est pas question, ici, d’en dire davantage sur ces révélations et leurs conséquences aux lendemains de la destruction des deux Bouddhas de Bâmiyân, non loin de Kaboul. Disons juste que, dans ce monde à la renverse, celles et ceux qui ont déjà lu Syngué sabour – Pierre de patience, connaissent déjà l’art et la magie de l’écriture de Atiq Rahimi. Il révèle avec des récits – aussi éloignés des bavardages occidentaux que des pesants récits militants – la nécessité et la force de combats comme celui des femmes et contre l’intolérance, combats ardus mais indispensables.

En mettant en parallèle la destruction des deux Bouddhas de Bâmiyân, et la destinée de deux Afghans très éloignés l’un de l’autre, à qui Atiq Rahimi veut-il donner le plus d’importance autant réelle que symbolique ? Ou bien les deux sont-ils deux regards complémentaires comparables d’une même réalité ?

Les porteurs d’eau est un bel exemple d’une littérature qui, avec son pouvoir parfois incandescent, rencontre et raconte le combat pour la vie et l’honneur de tout être humain. De quoi ne pas désespérer tout à fait de l’espèce humaine. Et goûter un réel plaisir de lecture.

© Atiq Rahimi : « Les Porteurs d’eau » – P.O.L.- janvier 2019 – 286 pages – 19 €

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