La pluie lave le ciel – Adrienne Yabouza – (Éditions de l’aube – 2019)

Un coup d’État en Afrique, va-t-on dire, ce n’est pas très original tellement la situation de la plupart des pays africains est instable à tous points de vue, politique, économique, social… sous le regard (et bien davantage, le plus souvent) des ex-puissances coloniales et de la nouvelle puissance montante, la Chine.

Dans « La pluie lave le ciel », Adrienne Yabouza – qui a dû fuir son pays, la République centrafricaine, lors des conflits en 2013 – dévoile les coulisses d’une crise politique majeure dans une République imaginaire, joliment appelée la « République des Murmures ». Le Président M’Mollo M’Mollo vient juste d’être réélu, on s’apprête à célébrer sa victoire qui n’a guère surpris. Stupeur : des rebelles islamiques sont aux portes de la capitale. Panique, manœuvres, complots inventés ou réels, chacun cherche sa voie ou veut sauver sa peau. Cris et chuchotements dans les palais d’État, alors que la rue reste assez calme malgré l’inquiétude et la menace de viols et de combats sanglants dans la capitale.

Adrienne Yabouza décrit cet épisode assez courant dans certains pays africains avec un humour féroce devant les lâchetés des uns et les calculs des autres.  Les femmes ne sont, le plus souvent, que des objets dont on peut avoir l’usage ou qu’il faut barricader. Elles se demandent si « ces rebelles dont tout le monde parle savaient violer mieux que les autres ou moins bien. » Les hommes calculent ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire pour ne pas insulter l’avenir : « Demain, que le Président soit un homme de la savane, un homme de l’eau ou un homme de la forêt, il aura besoin de moi. ». Et le peuple ne peut que constater que « (…) ce n’est pas certain que dans cette vie chacun récolte la manioc qu’il a semé. » Brusquement, la rébellion semble avoir quitté les lieux. Finalement, l’ambassade de France organise l’évacuation des Français et de quelques autres Européens. Leurs femmes regrettent d’avoir été « obligées de quitter leur piscine et leurs boys si serviables. »

Avec une maestria impeccable, Adrienne Yabouza décrit avec précision une réalité qu’elle a connue elle-même comme femme du peuple. Son regard est cinglant pour certains, plein de pitié pour d’autres, plein de terreur pour d’autres encore. Avec une écriture parfois acide, parfois rêveuse, parfois caustique, elle réussit à faire entrevoir par le lecteur ce qu’est un pan de la vie dans ce continent africain encore sous le joug d’anciennes et nouvelles puissances. Elle construit ainsi, livre par livre, avec une maîtrise de plus en plus affirmée de son écriture, une œuvre littéraire de témoignage sur la réalité contemporaine africaine.

© Adrienne Yabouza : « La pluie lave le ciel » – Editions de l’aube, La Tour d’Aigues, avril 2019 – 192 pages – 17,90 €

Adrienne Yabouza (photo Le Télégramme)

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