Paris est une fête – Ernest Hemingway (Gallimard – Folio)

Paris est une fêteAprès les attentats qui ont frappé Paris ce vendredi 13 novembre, beaucoup se sont précipités chez leur libraire pour acheter Paris est une fête, d’Ernest Hemingway. Etait-ce une sorte d’acte de résistance ou d’exorcisme face au terrorisme ? Une déclaration d’amour pour Paris qui flotte mais ne sombre pas ? L’occasion de découvrir ce livre dont le titre est, à lui tout seul, une totale réussite et une invitation à la lecture ? Pour ma part, dès le mercredi qui a suivi les attentats, je ne me suis précipité à La Librairie de Renard, à Paimpol, qui venait, pure coïncidence, de doubler sa surface.

Si Paris est une fête avait été publié sous son nom d’origine, Vignettes parisiennes, il n’aurait jamais eu le même succès. Le Paris décrit par Hemingway est celui des années 20 quand il y séjournait avec sa première femme, Hadley, alors qu’il venait de quitter son emploi de journaliste pour se consacrer exclusivement à la littérature, avec les conséquences financières que l’on devine. Le couple, qui allait bientôt avoir un enfant, arrivait tant bien que mal à vivre, tout en jouant aux courses et voyageant, notamment en Suisse. Il fréquente les intellectuels américains qui, à cette époque, trouvaient Paris bien plus intéressante que New-York, en particulier Gertrude Stein, Ezra Pound et Scott Fitzgerald. Ce dernier ne sort pas grandi de la description qu’en a faite Hemingway mais le récit des deux compères en voyage à Lyon est la partie la plus burlesque du livre. A défaut d’intellectuels français, on retrouve peu ou prou le peuple parisien qu’il côtoie au hasard des logements que le couple occupe et des cafés, bars et restaurants qu’il fréquente avec une attention particulière pour les vins, notamment du Beaujolais.

Il s’agit donc d’une ballade légère et intimiste, parfois cruelle, dans le Paris des années 20 qui n’était pas toujours une fête. Ecrit dans les années 50, ces vignettes sont nimbées d’une douce nostalgie qui recouvre la description des rencontres, des repas, des voyages et des discussions d’alors. La Rive gauche, entre Montparnasse et le jardin du Luxembourg, était alors le carrefour intellectuel et bohème, maintenant livré à ceux qui peuvent payer parmi les loyers les plus chers de Paris. Ce cœur battant de Paris a traversé la Seine pour s’installer dans les Xème et XIème arrondissements où les attentats du 13 novembre ont été perpétrés.
Où est le Hemingway contemporain qui racontera la fête meurtrie du Paris d’aujourd’hui?

Photo prise le 15 novembre des fleurs placées dans les traces de balles sur le site-mémorial  à l’extérieur du bar, Le Carillon, dans le Xème arrondissement de Paris, l’une des cibles des attentats du 13 novembre 2015. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY
Photo prise le 15 novembre des fleurs placées dans les traces de balles sur le site-mémorial à l’extérieur du bar, Le Carillon, dans le Xème arrondissement de Paris, l’une des cibles des attentats du 13 novembre 2015. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s