Brusque chagrin – Philippe Meyer (Editions de Fallois)

Brusque chagrinPhilippe Meyer m’accompagne depuis une trentaine d’années sur les antennes de France Inter, depuis ses chroniques matinales des années 90 jusqu’à son émission hebdomadaire « La prochaine fois, je vous le chanterai. » que j’écoute toujours avec grand plaisir le samedi de midi à 13h.

Il a écrit plus d’une vingtaine de livres – recueils de chroniques, essais, pérégrinations à Paris et en France – et, à ma connaissance, un seul roman «  Brusque chagrin » ((Editions de Fallois). C’est donc avec une grande curiosité que je l’ai ouvert.

Il s’agit d’une histoire d’amour d’un dénommé François dont certains épisodes de la vie rappellent ceux de l’auteur, sorte de chercheur, conférencier parcourant le monde et écrivain d’essais de caractère sociologique (je simplifie). Il a vécu une dure épreuve dans son enfance et partage une amitié solide mais un peu lointaine avec Vincent. De ses amours passées, on ne sait pas grand-chose. Cet homme apparemment raisonnable devient amoureux d’une certaine Libellule. Fou amoureux, obstinément amoureux, obsessionnellement amoureux… D’autant plus qu’elle se refuse – avec douceur mais constance – à lui.

Philippe Meyer décrit avec précision tous les états par lesquels passe François, toutes ses tentatives, maladroites ou non, mais toujours vaines, pour conquérir Libellule, ou pour mieux la cerner en rencontrant ses parents, ses anciens amants, son milieu de travail, très proche du sien…Libellule n’apparait que par les yeux de François et reste donc énigmatique autant aux yeux du lecteur qu’au cœur de François. Ce sont les tourments de François qui sont décrits et analysés par l’auteur, ses tracas, ses souffrances, ses résolutions, ses initiatives, ses fuites, ses interrogations sur cet amour qui le rend tout, sauf heureux. A moins de supposer Sisyphe heureux.

A la description de cette passion s’ajoute celle de son milieu social et professionnel, croqué avec la verve et la justesse de l’écriture aussi précise qu’élégante de l’auteur. Les pages sur les congrès à l’étranger ou le comportement de passagers en avion sont tout à fait savoureuses. J’y ai retrouvé l’œil acéré de Philippe Meyer mais toujours nimbé d’une certaine indulgence car il sait que l’être humain n’est qu’un compromis toujours mouvant entre le hasard et la nécessité. Il se pose en observateur attentif mais certes pas en juge et censeur. Derrière les apparences sociales ou les certitudes personnelles, il débusque une autre réalité.

Ces courts extraits en donnent quelques exemples.

« Tu as trop lu Barthes. En amour, cela conduit aux mêmes conneries que le gauchisme en politique et l’américanophobie en cinéma. » (page107)

«  Le seul endroit où tu te sens bien, ce sont les salles obscures où ton isolement s’entoure d’un archipel de gens qui ne te demandent, ni t’offrent rien. » (page 126)

A propos de deux « pontes » des sciences humaines qui s’opposent :
« (…) ils partageaient la même impassibilité dans leurs opinions, la même absence de curiosité, la même aridité, la même conscience de soi, la même sureté de propriétaire. » (page 150)

« On dirait que ce que je déteste, que je refuse ou que je redoute me fascine au point de me posséder. » (page 183)

« L’intelligence de la situation, sa vision claire, donne l’impression d’en prendre le contrôle. Mais l’intelligence de l’intelligence montre que c’est une illusion. Que comprendre ne permet de dominer que le passé et n’entame en rien la certitude d’une condamnation à recommencer. » (page 185)

« La nouveauté tenait à ce qu’il commençait à croire à ce qu’il comprenait. A croire, notamment, qu’il y avait dans son sentiment pour Libellule une forme de toxicomanie. Mais à quoi était-il accro ? A la passion ou à l’absence. » (page 206)

Brusque chagrin est à lire pour celles et ceux qui veulent mieux comprendre les errances et absurdités des uns et des autres… et les siennes propres. Nous en avons tous, non ?

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Philippe Meyer

 

 

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