« Ligne de mire » et « les migrants », séries photographiques réalisées par Mathieu Pernot

Mathieu Pernot expose actuellement au musée du Jeu de Paume à Paris/ Mais il a pris le temps de venir à Guingamp pour une conférence qui se passait hier soir, vendredi 14 mars, à l’excellent Centre d’Art GwinZegal  – qui se définit comme une plateforme de travail pour aborder les différentes facettes de la photographie dans notre société contemporaine.
mathieu-pernot,M136885 Mathieu Pernot a parlé, commenté et expliqué ses récents travaux. D’abord, une série, appelée « Ligne de mire ». Dans les bunkers qui pullulent sur la côte bretonne entre Roscoff et les Sables d’Or et particulièrement abondant sur la côte du Goëlo, il a utilisé la technique ancestrale de la « camera obscura » qui renverse les rayons lumineux traversant un petit orifice. La mer, le ciel, les rochers, la lumière viennent se refléter sur les murs construits par un ingénieur Allemand entre 1941 et 1944 pour empêcher les fréquents allers-retours entre la Résistance française et les alliés anglais. Saisissante collision entre la matière brute et grise, de béton et de sable, décrépie ou repeinte, évoquant l’enfermement, la guerre et le temps qui se fige, et les reflets inversés de la mer, des nuages, du ciel, les silhouettes de baigneur-se-s, la lumière des coques de bateaux comme autant d’éclats dans la mer apparaissant sur le mur des bunkers. La superposition des deux images est d’une grande beauté formelle, mais surtout, elle fait résonner le temps qui s’étire, se dissout, se dépasse : paradoxe ultime pour un art qui est censé arrêté le temps.
C’est magnifique et troublant.
Mathieu Pernot - Pointe de la Tour Plouha 2011 (détail)

Mathieu Pernot a également parlé de son travail sur les migrants dont il a fait un livre rassemblant les photos prises dans la « jungle » de Calais où les migrants se réfugiaient tant bien que mal après la fermeture du Centre de Sangatte, et dans le square à proximité du Canal Saint Martin où ces mêmes migrants passaient la nuit emmitouflés avant de fuir quand la police arrivait sur les lieux. A ces photos, il a ajouté le fac-smilé d’un cahier que Mansour, l’un des migrants, a utilisé pour suivre ses cours de français. Ce cahier dégage à la fois la brutalité de la situation de Mansour et de ses compagnons, mais aussi sa volonté et son effort, que l’on aimerait imaginer couronné de succès, pour, au moins, comprendre et se faire comprendre.
Dans son apparente banalité, ce cahier est sidérant d’émotion, de beauté et de drame.
Extrait du cahier Les Migrants de Mathieu Pernot

 

 

 

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