Saint Augustin dans le maquis corse

La ruine d’un bar dans le maquis corse vaut-elle la chute de l’empire de Rome ? L’écroulement des rêves de deux jeunes hommes corse et sarde mérite-t-il les sermons hallucinés de Saint Augustin ? Ces questions n’ont cessé de me venir à l’esprit tout au long des 200 pages du Sermon sur la chute de Rome, de Jerôme Ferrari aux Editions Actes Sud. Son livre précédent Où j’ai laissé mon âme, toujours chez Actes Sud, m’avait réellement bouleversé. L’auteur y avait placé l’horreur de la torture pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie sous le signe de versets de la Genèse et des évangiles selon Matthieu et Jean, donnant une résonnance véritablement biblique à cette tragédie. Cela donnait un livre d’une puissance et d’une profondeur rares.
Dispositif semblable dans Le sermon sur la chute de Rome. L’histoire d’un bar perdu quelque part dans le maquis corse qui verse du succès clinquant au drame sordide, est narrée sous la tutelle de sermons d’Augustin, évêque d’Epone, l’actuelle Annaba, en Algérie. Est-ce pour donner la stature d’une épopée à cette histoire d’un ratage plutôt minable ? L’âpreté de l’âme et des usages corses mérite-t-elle l’écho de la chute de l’empire romain ? C’est le pari de Jérôme Ferrari.

Ce dispositif de narration est ambitieux. Mais tout échec, quel qu’il soit, peut-il être considéré à l’aune de la chute de Rome, de la prise de Constantinople ou de l’écroulement des tours de Manhattan ? Plus généralement, chacun de nos pas peut-il être considéré comme l’écho de la traversée du désert par les Juifs fuyant l’Egypte ou celui de la Longue Marche des Chinois de Mao Zedong ? Pourquoi pas, puisque tout est permis dans un livre. Encore faut-il qu’un souffle épique anime ce qui est conté.
Très bizarrement, ce souffle épique existe dans le roman de Jérôme Ferrari, mais pas du tout dans la narration de l’histoire du bar. Celle-ci est racontée, certes plaisamment, mais comme un feuilleton à rebondissement, ou une fiction de télévision. Cela donne quelque chose de très imagé, comme un film qui passe bien dans la tête, trop bien pour y déceler une once de légende. La fin est effectivement dramatique, comme la fusillade d’O.K. Corral que le cinéma hollywoodien a rendue légendaire. L’écho des sermons d’Augustin lui convient-il ? Je n’ai pas été convaincu.

Il y a pourtant des passages qui touchent à l’épique, dans ce livre. C’est tout ce qui concerne Marcel, figure tutélaire et démiurge involontaire de cette histoire. L’écriture foisonnante et somptueuse de l’auteur fait alors merveille pour narrer le destin de ce petit garçon dont la première photo est celle de son absence. En regard, l’écriture du destin des deux principaux personnages, Mathieu et Libero, les patrons du fameux bar, parait très prosaïque.
Un autre personnage fonctionne en contrepoint tout le long du livre, Aurélie, la sœur de Mathieu. Elle résonne comme une « basse continue » dans une fugue, celle qui tient la mélodie sans la jouer réellement. Ce n’est probablement pas un hasard si c’est elle qui participe aux fouilles toujours en échec de la cathédrale d’Augustin à Annaba. Aurélie donne ainsi une singulière profondeur à ce sermon.

Ce billet peut paraître critique. Il reflète ma légère déception à la lecture de ce livre. Mais c’est passionnant quand même. Lisez-le, pourquoi pas, comme un roman à rebondissement dont la quatrième page de couverture annonce un drame ! Les 200 pages fileront à toute vitesse !

2 commentaires sur “Saint Augustin dans le maquis corse

  1. Bonsoir, ce roman fut une découverte par rapport à l’écrivain que je ne connaissais pas. C’est très bien écrit mais l’histoire m’a quand même moyennement passionnée surtout par rapport au sermon de Saint-Augustin, je n’ai pas forcément compris le lien. Bonne soirée.

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