Gerhard Richter, ou la liberté de peindre

Cette exposition-évènement dresse un « panorama » (c’est le nom choisi pour cette expo) de l’ensemble de l’oeuvre de celui qui est considéré comme l’un des plus grands peintres contemporains. De lui, je ne connaissais que les peintures-photos qui décrivent la fin tragique de la Fraction armée rouge plus connue sous le nom de « Bande à Baader ». Avec cette exposition,  c’est effectivement  un panorama très large de tout son travail depuis plus 60 ans qui est présenté au public.

J’en suis ressorti totalement enthousiasmé. Gerhard Richter s’est tout permis, a pris toutes les libertés, a exploré des voies très diverses : abstraits colorés ou monochromes, photos – peintures, portraits rappelant Vermeer, natures mortes, paysages de forêt, marine embrumée, son génie créatif se joue de toutes les frontières qui balisent le monde de la peinture contemporaine. Ceci avec des allers-retours tout le long de sa carrière.Par exemple, il reprend la technique de la photo peinture utilisée pour des nuages peints dans les années 40 pour pousser un cri d’effroi en évoquant la mort des membres de la Bande à Baader dans les années 80. Ses tableaux abstraits peuvent fouiller dans l’exubérance des éclaboussures et des traces de racloir mais aussi s’astreindre à une étude scientifique de la couleur sous forme de rectangles ou de rayures. Il s’inscrit sans ambages dans l’histoire de la peinture occidentale en citant Vermeer, Chardin, Le Titien, et, plus proche dans le temps, Duchamp, contre lequel il réagit vigoureusement.

De cette oeuvre multiforme, quel peut-être le fil conducteur, toujours fermement maintenu ? Richter lui-même donne la réponse en 2011, peu de temps avant que cette exposition soit montrée à la Tate Modern, à Londres : » Beaucoup de gens estiment que d’autres techniques sont plus séduisantes : mettez un écran dans un musée, et pus personne ne regarde les tableaux. Mais ma profession, c’est la peinture. C’est ce qui m’a depuis toujours le plus intéressé. J’ai maintenant atteint un certain âge et je viens d’une tradition différente. De toute façon, je ne sais rien faire d’autre. Je reste cependant persuadé que la peinture fait partie des aptitudes humaines les plus fondamentales, comme la danse ou le chant, qui ont un sens, qui demeurent en nous, comme quelque chose d’humain. » (entretien entre Nicholas Serota, directeur de la Tate modern à Londres et Gerhard Richter, 2011).
Comment dire mieux combien la peinture, comme tous les arts, est la preuve, le signal, le marqueur de ce qui constitue profondément l’être humain. L’oeuvre de Gerhard Richter ne cesse d’explorer, de déceler, de révéler cette part d’humanité en usant de toutes les libertés dont son génie lui permet de s’emparer, tout en restant fidèle à son art, à l’exclusion de toute autre, la peinture..

2 commentaires sur “Gerhard Richter, ou la liberté de peindre

  1. Vous avez écrit: »Le style de Richter, c’est de ne pas en avoir. Donc de se dérober à toute explication et exégèse qui chercheraient à lui donner un maître, une référence ou une signification. Par sa liberté de peindre ce qu’il veut, quand il veut et comme il veut, il rend les gloses imparfaites, voire inutiles. La seule chose qui compte, c’est le regard, le sien, et celui de chacun. Sans vouloir lui intimer l’ordre d’une explication, d’une démarche. A sa liberté de peindre répond la liberté de celui qui regarde sans être pris dans un carcan. Y compris ses toiles abstraites qui, pour moi, valent bien celles de Kandinski qui est l’exemple même du peintre qui ne s’est jamais remis de ses premières fulgurances pour finir en s’enfermant dans les petites boites d’un système…
    Richter n’est pas un Maître, ne montre aucun chemin, ne démontre aucun théorème. Dérangeant ? Peut-être : je suis sorti de cette exposition en me posant encore davantage de questions sur ce que je voyais,.. »

    Merci pour l’ouverture d’esprit dont vous faite preuve, merci pour votre regard sur finalement la liberté de créer en peinture, qui en aucun cas vous formalisera dans une case , un style.
    Je souffre de ne pas avoir Un style, ce sont les autres qui finalement me font souffrir, je veux être libre de créer, d’aller dans une voie, ou une autre, prendre des risque, explorer, mais non en france, il faut avoir un Style…Richter arrivera-t-il à me décomplexer ou peut être une ouverture d’esprit du milieu professionnel artistique pourra peut être un jour m’y aider…

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    1. Merci beaucoup pour votre commentaire. J’ai bien vu, avec les réactions de mes amis « connaisseurs » en peinture, que Richter désorientait leurs remarques car il était à la fois profondément inscrit dans l’histoire de la peinture contemporaine qu’il évoque régulièrement, et totalement indépendant de la notion d’évolution et d’écoles puisqu’il embrassait tout à la fois.
      J’ai jeté un coup d’oeil sur votre site d’exposition de vos oeuvres : j’y ai retrouvé des bras grands ouverts prêts à saisir toutes les possibilités qui vous sont offertes…. Bravo !

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