Les deux rousses germanopratines

 

                   

Dans le paysage littéraire parisien, la couleur de cheveux a-t-elle de l’importance ? Quoiqu’il en soit, deux rousses célèbres arpentent (ou arpentaient) les rues de Saint-Germain des-Près. Elles sont belles-soeurs, puisque l’une a épousé le frère de l’autre. Il s’agit de Régine Deforges et d’Anne Wiazemski qui viennent de publier, à quelques semaines d’intervalle, chacune un livre que j’ai lus, par hasard, l’un après l’autre.

Le titre de celui de Régine Deforges est « Toutes les femmes s’appellent Marie » (chez Hugo&Cie). Le moins que l’on puisse dire est que le titre ne livre rien du sujet : la sexualité des handicapés. Régine Deforges l’aborde à travers une histoire tragique racontée par plusieurs acteurs ou témoins du drame : l’amour fou d’un garçon « anormal » pour sa mère qui, se sachant enceinte de son propre fils, décide de le tuer en même temps qu’elle se suicide. C’est extrêmement mélodramatique. L’apitoiement des voisins et amis, en général de belles âmes, en rajoute encore un peu. Comme le style reste assez sec (et c’est tant mieux), nul besoin de prendre des mouchoirs en papier.
Et dans le dernier chapitre, Régine Deforges explique pourquoi elle est sensibilisée à la condition des handicapés, et notamment à leur vie sexuelle. Elle fait bien de le rappeler. Car, en fait, à la lecture de ce texte fort court, j’ai eu du mal à me rappeler le sujet qu’elle souhaitait traiter. Il s’agit plutôt d’une fascination sexuelle entre mère et fils rester accroché au sein maternel au sens propre comme au sens figuré.
Je doute que ce petit livre de gare ne fasse avancer la cause des handicapés, ni même qu’il puisse relancer la carrière littéraire de Régine Deforges.

Dans « Une année studieuse » (Gallimard), l’année dont il est question est à cheval entre 1966 et 1967. C’est à ce moment là que Anne Wiazemski, fille de prince russe et petite fille de François Mauriac, fait la connaissance de Jean-Luc Godard, déjà au fait de sa gloire de parangon subversif du cinéma français de la Nouvelle vague. Je me souviens très bien de cet épisode, fort médiatisé à cette époque avec un parfum de scandale puisqu’une jeune fille encore mineure (la majorité était encore à 21 ans), symbole malgré elle de la bourgeoisie parisienne, était séduite par un homme de plus de 20 ans son aîné et radicalement en rupture avec le pouvoir politique en place – Pompidou était alors le Premier ministre de De Gaulle.

Bizarrement, le mot roman s’affiche sur la couverture blanche du livre. A la lecture pourtant, j’ai eu l’impression de suivre les faits et gestes de chacun tels qu’ils ont dû se passer dans la réalité d’autant qu’on y croise une multitude de personnalités célèbres, de Daniel Cohn-Bendit à Jeanne Moreau en passant, bien sûr, par François Mauriac, dont les portraits semblent tout à fait vraisemblables. La seule surprise, de ce point de vue, vient de la description de Jean-Luc Godard lui-même, que l’on découvre très « fleur bleue », amoureux passionné et enfantin, possessif et protecteur. Est-ce pour cela qu’Anne Wiazemski a voulu que son livre soit un roman et non un récit ?

Ou bien est-ce parce que cet épisode de la vie d’Anne Wiazemski est raconté avec plus de quarante ans de décalage et que tout récit de mémoire ne peut être, peu ou prou, qu’un roman ? J’ai aimé ce livre car, en surplomb de tout ce qui est raconté dans un style très alerte, descriptif, empreint d’une apparente naïveté, il y a le regard attendri mais acéré de l’auteure au seuil de sa vieillesse. On sent encore son étonnement, voire même son incrédulité face à tout ce qui lui est arrivé en une année qui fut studieuse de façon totalement subversive. Est-ce donc son intégrité littéraire qui la pousse à nommer roman, un livre de mémoire qui est forcément une mise en scène, même très réaliste ?

Une autre question m’est venue à l’esprit : ce livre, qui narre une époque emblématique de ma jeunesse, peut-il intéresser les générations suivantes ?  Mon gendre, vrai passionné de littérature et de politique, a refermé le livre au bout de deux pages en disant qu’il n’irait pas plus loin…  Les débats qui avaient lieu à cette époque semblent relever d’un temps historique totalement dépassé. D’ailleurs, moi-même, en lisant ce livre, je me demandais si j’aimerais maintenant La Chinoise autant que je l’ai aimé quand le film est sorti. Ou si je trouverais ce film aussi absurde qu’artificiel ?

Anne Wiazemski, Jean-Pierre Léaud, Juliet Berto, dans "La Chinoise" de Jean-Luc Godard

2 commentaires sur “Les deux rousses germanopratines

  1. Changement de look, enfin de veux dire d’apparence, et la Bretagne toujours. Étrange, j’ai reçu ce livre – une annee studieuse – en cadeau par la poste il y a peu de temps et à l ‘intérieur, retour à l ‘ expéditeur, une lettre envoyée il y a quarante ans (:))

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