La Montagne – Jean-Noël Pancrazi (Gallimard)

Jean-Noël Pancrazi, d’origine corse, est né en Algérie. Parmi ses nombreux romans, l’un des plus célèbres, Madame Arnoul, évoquait déjà la guerre d’Algérie, avec ses cortèges d’atrocités, de violences, de déchirements. Et parfois, de solidarité restée cachée.
Avec La Montagne, Pancrazi ne passe pas par la fiction romanesque : il raconte une histoire vraie, la sienne, celle d’un petit pied-noir vivant dans les Aurès, massif montagneux où la guerre faisait rage. Il échappe de peu à la mort alors que tous ses copains d’école sont tués… Quelques mois après, c’est le départ vers la Métropole, l’apprentissage de la vie de rapatrié, le mal de trouver sa place dans un pays où il est accueilli du bout des lèvres, le sentiment de ne pas pouvoir se délivrer de ce poids, même en allant chercher sous d’autres cieux le soleil et l’amour. Et le retour, inévitable (?), vers la Corse.

Tout l’art de Pancrazi est dans ses longues phrases frémissantes rappelant les méandres d’une mémoire à fleur de peau. Rien n’est caché des atrocités, des humiliations, des rancœurs de certains, des pardons des autres, mais sans jamais donner l’impression d’un jugement péremptoire, où les bons ne seraient que d’un côté et les méchants de l’autre. De cette guerre où l’horreur fut bien partagée entre les deux camps, Jean-Noël Pancrazi ne cherche pas à donner une leçon de morale, ni même d’histoire. C’est juste la sienne, douloureuse, peut-être enfin assumée, racontée cinquante ans après avec une douce intensité, le souvenir entêtant d’une absurdité totale et d’une nostalgie qui ne s’effacera jamais.

Très beau livre, en écho discret et intime à ceux de Laurent Mauvignier « Des hommes » (Editions de Minuit) et de Jérôme Ferrari « Où j’ai laissé mon âme » (Actes Sud) qui sont, à mon avis, deux livres majeurs sur la guerre d’Algérie.

2 commentaires sur “La Montagne – Jean-Noël Pancrazi (Gallimard)

  1. Très touché par votre texte, infiniment bien écrit et sensible. Un très grand merci à vous.
    Jean-Noël Pancrazi

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    1. Merci beaucoup, Monsieur Pancrazi, pour votre commentaire qui me touche beaucoup. Après « Tout est passé si vite » et « Le dollar des sables », « La Montagne » est le troisième livre dont vous êtes l’auteur, que je lis. Quelque soit le sujet traité, je suis toujours très ému par votre écriture extrêmement sensible, en phase avec votre propos évitant les jugements catégoriques et rendant tellement présents, les frémissements et les palpitations qu’elles soient de l’esprit, du coeur et du corps. Un grand merci pour votre oeuvre.
      Jean-Marie Philippart

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