Lire un livre, c’est partir en croisière

Pour moi, ouvrir un livre, c’est embarquer pour une croisière, mais tout de même pas pour Cythère, encore que … Pourquoi cette métaphore ? A cause de l’actualité des bateaux Costa ? Peut-être puisque cette comparaison ne m’était jamais venue à l’esprit jusqu’à présent. En outre, je n’ai jamais fait de croisière, et n’en ai guère envie.

Pourtant la lecture est bien une croisière, et non pas un voyage sur un voilier ou un yacht, encore moins une régate : les autres passagers sont tous les autres lecteurs proches ou inconnus, le personnel de bord, c’est le monde de l’édition, critiques compris, dont je ne lis pourtant pas souvent les articles, le commandant, c’est l’auteur dont dépend finalement la réussite du voyage. Je monte sur un navire qui m’est étranger pour me transporter vers une destination prometteuse vaguement identifiée par les quatrièmes de couverture ou grâce au conseil d’amis, libraires compris. J’embarque pour une durée que l’épaisseur du livre et la taille des caractères me permettent d’estimer à peu près. Une fois embarqué, jusqu’où aller ? Il est des fois où, le navire n’ayant pas encore quitté le quai, je reviens  précipitamment sur la terre ferme tellement l’impression d’ennui s’est distillée rapidement en éteignant ma curiosité initiale. Point final et j’oublie.

Plus souvent, cette curiosité encore vague fait place à une interrogation sur ce qui peut m’encourager à rester : c’est une question à trancher, car si je reste, je sais qu’une partie importante de mon temps sera consommée par la lecture au détriment d’activités … lesquelles d’ailleurs ? Y a-t-il quelque chose plus importante qu’un bon livre ? Il faut bien faire face à la vie quotidienne : à l’époque où je travaillais, j’avais bien du mal à finir un bouquin, hormis pendant les périodes de vacances…

La croisière démarre, rythmée de phases de sommeil, d’ivresse, d’exaltation. A la première escale, la fin du premier chapitre, il m’arrive de débarquer quand les interrogations initiales se perdent dans des sables mouvants de l’ennui. Sinon, je continue, de plus en plus enthousiasmé et m’enferme dans ma coquille de lecteur. Parfois, même quand je m’ennuie un peu, je continue malgré tout, ne voulant pas manquer l’escale ou l’étape qui me donnerait la clé du livre, surtout s’il est signé d’une plume célèbre dont je veux découvrir les pleins et les déliés, quitte à ne pas les aimer.
De plus en plus souvent, je prends des notes qui sont à la lecture ce que les photos sont au voyage, le meilleur moyen pour retrouver les émotions et les réflexions.

Une fois le livre refermé, je reviens dans la réalité quotidienne, à ceci près que je caresse encore et longtemps tous les souvenirs. Commence le temps du tri des photos, de la relecture des commentaires à partager avec ceux qui sont restés sur place ou à garder pour moi-même pour en faire mon miel. Et souvent, j’embarque de nouveau…

En fait, je viens de m’apercevoir que j’ai déjà fait une croisière moulte fois répétée : la traversée de Victoria Harbour, entre Kowloon et Hong-Kong Island, sur les Star Ferries… Je ne m’en suis jamais lassé et ça coûte moins d’un euro !
Comme un petit livre lu et relu qui, dans sa brièveté, a touché durablement une corde sensible.

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