Le chaos et l’entropie dans le métro

ENTROPIE Technique mixte sur toile - 195/130 cm - Philippe Naud (philippe-naud.over-blog.com)

Hier vers 17 heures, sur la ligne 5 qui relie la place d’Italie à la préfecture de Bobigny (93), la rame était loin d’être pleine après la station Gare du Nord. A côté de moi vient s’asseoir un jeune « black », qui ouvre son ordinateur Apple. Je jette discrètement un oeil sur l’écran où s’affiche un texte en anglais dont le titre est Entropy and chaos. Cela me fait plonger dans un abîme de réflexion, essayant de me rappeler les notions de physique apprises pendant mes études, vers le début des années 70. L’entropie m’avait semblé une notion profondément « pessimiste » : j’avais compris que, plus un système se transformait rapidement et profondément, plus il perdait de l’énergie et contribuait au désordre général, ce désordre étant mesuré par l’entropie. Glaçant, non ? J’ai rapidement étendu cette notion thermodynamique à l’activité humaine en général, et commençait à me demander si son intensification n’allait pas désorganiser tout se qui se passe autour. Une sorte de condamnation à long terme du « Progrès », mythe rassembleur des trente années précédentes et glorieuses dont nous ne savions encore pas trop qu’elles étaient déjà terminées.
Peu de temps après, le Club de Rome publiait son premier rapport alertant sur les dangers de la croissance : j’y avais trouvé une illustration sociétale de l’entropie. Quarante ans après, cela se confirme…

Toujours plongé dans mes pensées et dans l’écoute du dernier album, Old Ideas, de Leonard Cohen sur un vieil iPhone remis en service depuis le vol de mon tout nouveau-tout beau iPhone 4S acheté il y a un mois, je ne m’étais pas aperçu qu’une dame encore plus âgée que moi s’adressait à mon voisin d’un air inquiet : elle tentait de le dissuader d’ouvrir son ordinateur portable dans le métro au risque de se le faire voler. Mon voisin l’écoutait poliment et lui répondait poliment que l’éventuel voleur aurait maille à partir avec sa musculature assez développée. La conversation s’est élargie à plusieurs autres voyageurs de la rame, mettant l’accent sur le risque de vol des smartphones. A part la dame « plus agée que moi », tout le monde arbhorrait un iPhone 4 ou 4s ! Oui, le risque était grand.
Est-ce une métaphore de l’entropie ? Cet objet ultra sophistiqué qu’est l’iPhone dégageait un désordre grandissant sous forme de vols à la tire dont j’avais été victime quelques jours auparavant. L’innovation, forcément inégalitaire, loin d’être un progrès, n’est-elle que porteuse de désordre ?
A la station suivante Hoche, mon voisin est descendu, tout le monde s’est souhaité bonne journée… Entropie ou non, il y avait de bonnes vibrations dans cette rame de la ligne 5 vers 17h, le 1er février 2012.

 

2 commentaires sur “Le chaos et l’entropie dans le métro

  1. oui, « la vie est un phénomène exothermique, d’où entropie », disait l’un de mes proches…
    Par ailleurs, ces conversations spontanées et collectives, entre gens qui ne se connaissent pas, dans le métro ou dans le train, en rupture avec l’anonymat de la foule pressée (dans les deux sens du terme) sont souvent réjouissantes,

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  2. Voilà une expérience très réjouissante : des gens se parlent grâce au téléphone portable ! L’échange, le contact, dans cette rame de métro, a repris le pas sur la désormais sacro-sainte communication. On ne peut que se satisfaire que le portable devienne un objet qui ouvre la discussion sans qu’il soit nécessaire de l’utiliser. Merci pour cet échange.
    Jean-François

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