Edvard Munch, l’oeil moderne

Pour beaucoup (et j’en faisais partie), l’oeuvre d’Edvard Munch se résumait à son célébrissime tableau, Le Cri, qui recouvrait à lui seul la totalité de sa production artistique. C’est pour cela que l’exposition présentée au Centre Pompidou jusqu’au 9 janvier 2012, Edvard Munch, l’oeil moderne, est particulièrement intéressante, d’autant que l’objectif déclaré, comme l’indique l’intitulé de l’exposition, est de montrer combien Munch appartient totalement à l’expression artistique du XXème siècle.

Mais franchement, pour moi, ce fut surtout l’occasion de découvrir l’oeuvre de Munch, de quelque siècle qu’elle soit. Et je fus conquis ! Pourtant, au delà de la force expressionniste évidente de son tableau vedette, je n’étais pas, a priori, attiré par son approche esthétique qui me semblait errer quelque part entre le symbolisme de Redon et les toiles saturées des Nabis.
Au delà de ces similitudes, l’exposition montre admirablement bien comment, en s’intéressant très tôt à la photographie et au cinéma, Munch emprunte à ces nouveaux procédés de reproduction du réel, certaines techniques visant à la dramatisation du tableau : la déformation des perspectives, l’enfermement du cadre, le décalage de plan, le rendu du mouvement, etc…

Le regroupement des tableaux par thématiques explicite très bien cette approche. Par exemple, dans la salle « En scène« , la série des trois tableaux de « La chambre verte » fonctionne comme un story-board d’un drame amoureux vécu par le peintre lui-même : la mise en scène oppressante avec une perspective accentuée, un plafond bas et chargé, renforce le sentiment de huit-clos étouffant que le spectateur partage alors avec l’amant trahi. Est-ce si loin des tableaux de Francis Bacon qui inscrivaient systématiquement ses personnages dans des cadres qui ressemblent à des cages ?

Autre exemple, celui de trois tableaux dans la salle « Le monde extérieur » où Munch retrace, trente ans après, une rixe entre lui et deux de ses amis : là encore, cela fonctionne comme un story-board dramatique d’une scène qui pourrait faire partie d’un film de Tarantino !

Dans une autre salle, « Rayonnements« , l’éclat du soleil représenté dans le tableau du même nom étincelle en faisceaux et rayons concentriques imprimant un mouvement arrondi au paysage comme si celui-ci se tordait sous l’effet du soleil lui-même.  On est loin des couchers de soleil de Monet …  

La dernière salle, « Le regard retourné » est presqu’entièrement consacrée à des autoportraits. A l’instar de Rembrandt, ou de la finlandaise Hélène Schjerfbeck, Munch observait minutieusement les attaques de la maladie (une maladie oculaire, maladie fatale du peintre comme pour Monet ?) et du vieillissement.  L’auto-portrait entre l’horloge et le lit, donne un sentiment de détresse de celui qui ne peut plus guère bouger, comme le chantait Brel dans « Les vieux« …
Au-delà de la belle leçon de peinture, cette exposition est un cheminement  le long d’une vie dont l’oeil moderne de Munch a saisit le drame avec une puissante émotion.

2 commentaires sur “Edvard Munch, l’oeil moderne

  1. Tu es donc repassé par Paris récemment ?

    J’ai encore retardé ma visite à l’expo Edvard Munch, attendant sans doute que la « fièvre » en retombe. Mais ton article est peut-être à nouveau le déclic, surtout en ce qui concerne, paradoxalement, l’aspect photographique qui est, paraît-il, mis en valeur au cours de cette manifestation.

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    1. J’aimerais avoir ton avis sur cette expo. Je l’ai trouvée très intéressante, mais cela confirme mon intuition que Munch n’est pas un maître absolu du XXème siécle. : il a trouvé une méthode et l’a – bien- appliquée mais sans essayer de la dépasser. Toute l’habilité de l’expo est de focaliser le visiteur sur sa façon de faire siennes, une dramaturgie et des techniques du 20ème siècle. On est loin, très loin de Picasso et du Matisse de la période fauve (l’expo sur la collection Stein est un enchantement) qui ont inventé un langage en explosant les codes en usage…

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