Steve Jobs et Montaigne

Ce n’est pas l’homme-symbole d’Apple que je veux évoquer aujourd’hui, tant d’autres le font et bien mieux que moi. De plus, je n’ai jamais partagé l’idolâtrie dont Jobs fait l’objet, même si je suis l’heureux (?) propriétaire d’un iPhone et d’un iPad (mais pas d’un Mac…).

Le Steve Jobs que je veux célébrer aujourd’hui est le philosophe. Franchement, jusqu’à ce matin, je n’imaginais pas que Jobs, tellement investi dans ses affaires, puisse avoir le temps de philosopher. Depuis 2004,  Jobs s’est battu contre la maladie, d’abord un cancer des îlots de Langerhans, la partie du pancréas qui secrète l’insuline. Steve Jobs a d’ailleurs avouer qu’il n’avait jamais entendu parler du pancréas avant d’apprendre que le sien pouvait devenir mortel pour lui. C’est dire que c’est probablement de façon très soudaine qu’il s’est trouvé confronté aux questions de la maladie et de la mort.

Cette phrase, prononcée, je crois, lors d’un de ses nombreux discours,  est l’une des plus belles qu’on ait jamais écrites sur la mort :  » (…) la Mort est notre destin à tous. Personne n’y a jamais échappé. Et c’est ainsi que cela doit être, parce que la Mort est sans nul doute la meilleure invention de la Vie. C’est ce qui la rend si importante. Elle efface l’ancien pour faire place au nouveau. »
(« No one has ever escaped it, and that is how it should be, because death is very likely the single best invention of life. It’s life’s change agent. It clears out the old to make way for the new. » )

Cette phrase bat en brèche les espoirs et les sottises de tous ceux pour qui l’avenir du genre humain passe par l’allongement de la durée de la vie, voire l’immortalité.  Elle résonne comme un écho aux célèbres propos de Montaigne dans le chapitre I-20 des Essais « Que philosopher, c’est apprendre à mourir »  :  » Puisque nous ne savons pas où la mort nous attend, attendons-la partout. Envisager la mort, c’est envisager la liberté. Qui a appris à mourir s’est affranchi de l’esclavage. Il n’y a rien de mal dans la vie, pour celui qui a bien compris qu’en être privé n’est pas un mal. Savoir mourir nous affranchit de toute sujétion ou contrainte. »

Notre société post moderne, si éprise de nouveauté, si désireuse de liberté, essaie d’oublier la mort ou de la faire passer comme un regrettable accident. Bien au contraire, la mort, quand elle est assumée, est source de nouveauté, elle est source de liberté. Bonne nouvelle, non ?

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