Lectures d’été

D'après une photo MANIN/SIPA

L’été n’est pas ma saison préférée pour lire, ce serait plutôt l’hiver, quand le froid et la pluie me retiennent à la maison. Cette année, j’ai voulu commencer l’été « sérieusement ». Avec le fameux L’écriture ou la vie, de Jorge Semprun, dont on a beaucoup reparlé au moment de la mort de l’auteur, et le petit opuscule de Régis Debray au titre alléchant, Du bon usage des catastrophes, tous deux édités chez Gallimard.

Le propos de Semprun dans L’écriture ou la vie, écrit en 1994, est de dire pourquoi et comment il a attendu le début des années 60 avant de pouvoir évoquer sa déportation à Buchenwald pendant 18 mois, de l’automne 1943 à avril 1945. Dans ce livre, il montre comment l’écriture, au sortir du cauchemar, aurait pu lui être mortelle. C’est un récit d’obsessions, de souvenirs, de fuites et de retours autour du Mal absolu dont il a pu sortir vivant grâce à son audace et son sens très concret de l’organisation, à une solide constitution physique, à la fraternité tissée à l’intérieur de camp, grâce aussi à la littérature, à la poésie et aussi à la chance, note-t-il page 150 : « Vivre dépendait de la manière dont tombaient les dés, de rien d’autre. C’est cela que dit le mot chance, d’ailleurs. Les dés étaient bien tombés pour moi, c’étaient tout.. » C’est ecrit avec force et virtuosité, sans ordre chronologique : ce n’est pas un récit mais une méditation sur la Mort, le Mal, la Vie, qui s’appuie sur de nombreuses scènes fondatrices de sa personnalité, avant, pendant et après Buchenwald …
J’ai lu ce livre, tremblant et bouleversé, parfois un peu agacé par un narcissisme envahissant. Mais ce qui n’aurait pu être qu’un récit émaillé de réflexions philosophiques devient un véritable objet de REcréation  littéraire d’un voyage aller-retour au bout de l’enfer.

Il en va tout autrement des 100 pages de Régis Debray, Du bon usage des catastrophes. Certes, ce n’est pas destiné à être une oeuvre de littérature. Mais on aurait pu s’attendre à une réflexion philosophique et politique sur la catastrophe. C’est d’ailleurs ce que laisse entendre la 4ème de couverture : « Comment conjurer le tragique de l’existence ?  » est-il indiqué.
Quelle déception ! Essayant l’ironie ( « Et l’on ne voit que deux branches d’activité que ne menace pas à l’avenir le chômage technique : la prostitution, en charge des zizis, et la prophétie, en charge des zozos.« – page 43) et élaborant de grandes démonstrations foireuses s’appuyant sur des poncifs sur les religions, les peuples, la science, etc, Debray règle ses comptes avec d’autres membres éminents de l’intelligentsia parisienne et élucubre sur la notion de prophète.  Cela donne une critique caustique et drôle des prophètes, petits ou grands, de notre époque et une description assez rigolote de nos attentes de catastrophes. Et puis ? Ben rien, sinon une ode à la médiologie. C’est normal, Debray en est le grand prophète …
Reste le soupçon tenace que cet opuscule, avec son bandeau « ARMEZ-VOUS » (les injonctions sont devenues très à la mode depuis Stéphane Hessel), n’est qu’un simple objet de marketing…

A lire, cette féroce critique que je partage au moins à 90%, parue sur le blog Theatrum Mundi

 


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