Jeanne – Jacqueline de Romilly (Editions de Fallois)

Jeanne (Editions de Fallois) Jacqueline-de-Romilly_scalewidth_630

C’est Eric Orsenna qui m’a donné envie de lire ce livre, « Jeanne » de Jacqueline de Romilly (Editions de Fallois) : il en parlait si bien sur France Inter. Mais je craignais que les louanges de l’académicien ne soient qu’un réflexe corporatiste après la mort de la deuxième femme entrée à l’Académie française. Et que savais-je de Jacqueline de Romilly ? Pas grand chose, mais comment cette spécialiste de Thucydide pouvait dire quelque chose d’intéressant sur le 20ème siécle ?

Ce livre m’a enchanté ! D’abord par la personnalité de son héroïne, Jeanne, la mère de l’auteure. Sa vie, pontuée de tragédies terribles, à commencer par la mort de son mari, un des tout premiers tués de la guerre 14-18, a été hérissée de défis continuels. Mais, dans la description qui en est faite dans ce livre, elle est toujours sû les relever, elle est restée prête à aller de l’avant, à oser affronter les difficutés d’une femme pendant l’entre deux-guerres,  allant de la couture à l’écriture de livres et de pièces de théâtre, tout en gardant son ironie, son élégance et une grande probité morale. Loin d’être d’un seul bloc, Jeanne a de multiples facettes qui scintillent suivant l’éclairage donné par les événements.

La description d’un personnage hors du commun peut apparaître comme étant une hagiographie. Ce livre n’évite pas cet écueil. Pourquoi une intellectuelle du niveau de Jacqueline de Romilly s’adonne-t-elle à un tel penchant ? Parce que ce livre est l’histoire d’un amour inconditionnel, celui d’une mère pour sa fille, laquelle avoue à mi-mots son ingratitude, même si elle est toujours restée près de sa mère. La description des différentes étapes de cette relation mère-fille, exceptionnellement riche, n’a plus rien d’hagiographique. Tout en élevant ce temple à la mémoire de sa mère, Jacqueline de Romilly mesure les distances prises avec elle tout au long de leur vie commune. Car il s’agit d’une vie commune, voulue par l’une, concédée par l’autre. Passionnante réflexion sur la relation mère-fille. Troublante confession d’une culpabilité lourde à assumer.

Ce livre est aussi une réflexion sur le travail de mémoire. L’auteure ne sait pas dater ses souvenirs. Les photos qu’elles retrouvent contredisent souvent la chronologie dont elle se souvient. Restent des écrits, mais les plus intimes sont restés secrets. Il y a comme une recherche du temps perdu dans ce livre, quand les différences entre souvenirs et chronologie creusent un fossé où gît la question de l’oubli.

Tout ceci est raconté avec une écriture simple, sans modernité mais sans académisme. Pudeur et discrétion restent les maître-mots. Loin d’être une carapace, ce style laisse perler toutes les nuances de cette relation, de cet amour. C’est touchant, profond, sensible sans jamais se répandre dans la sensiblerie.

« Jeanne », loin d’être un livre juste « charmant », devient une sorte de tragédie grecque en demie-teinte dans la France du milieu de XXème siècle.

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