« Les yeux de la mère » de Thierry Klifa : POUR et CONTRE

Comment on peut dire tout et n’importe quoi, tout et son contraire, sur un film…

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POUR

C’est un film ambitieux et réussi. Film ambitieux car articulé autour d’une intrigue à tiroirs où les mères biologiques (quel vilain mot !) sont lointaines ou inconnues, où les mères adoptives sont présentes, aimantes, tellement aimantes qu’elles acceptent de s’effacer quand les autres mères, celles du sang, veulent ou peuvent prendre leur place. C’est un film sur la toute puissance et la vulnérabilité des mères. Evidemment, cela fait penser à Almodovar pour qui la mère est le personnage central récurrent de nombre de ses films (et pas seulement « Tout sur ma mère »). Rappel d’autant plus flagrant que Marisa Paredes, la mère abusive dans « Talons aiguilles », est ici une mère adoptive compréhensive, tout le contraire de la « vraie » mère incarnée par Catherine Deneuve.

Autre personnage important dans « Les yeux de la mère », celui de Mathieu : auteur à la recherche du succès en allant fouiller dans la vie privée d’une star de la télé. Il s’immisce dans sa vie, celle de sa fille, celle de son petit-fils, leur donne un simulacre d’amitié, d’amour ou de reconnaissance qui irradie chacun d’entre eux. Lui-même ne sort pas indemne de ces rencontres : l’ange noir devient un homme, rien qu’un homme. Cela fait penser à  « Théorème » de Pasolini et ce mystérieux messager qui séduit tout une famille dont chacun des membres voit sa vie bouleversée. Mathieu, sans être Dieu, est doté de cette puissance, maléfique ou non.

Almodovar, Pasolini, c’est déjà pas mal comme références. La dernière sera Douglas Sirk, le meilleur réalisateur de mélodrames d’Hollywood. Car le parti-pris de Thierry Klifa est clairement d’utiliser la narration du mélodrame, avec tous ces ingrédients : rencontres sentimentalo-lacrymales, mort de proches, coup de théâtre… Le réalisateur sollicite sans cesse l’émotion du spectateur. Et le spectateur se livre volontiers à ce jeu.

La distribution ? Eblouissante !
Deneuve, dont l’apparence impériale et dominatrice s’effondre en une seconde en un regard désespéré ; Géraldine Pailhas, belle comme le jour en danseuse étoile, allie avec grâce et réalisme son statut de star et de femme aimante, de mère effondrée d’amour devant la beauté de son fils abandonné ; Nicolas Duvauchelle incarne avec évidence l’ambiguïté de son personnage. Les personnages dits « secondaires », joués par Marisa Parédes, Marina Foïs, Jean-Marc Barr, sont criants de vérité.
Et une grande révélation : Jean-Baptiste Lafarge dans le rôle compliqué de jeune boxeur homo. Il n’est pas pour rien dans la réussite des « Yeux de sa mère » !

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CONTRE

C’est un film ambitieux… mais décevant. Beau thème, pourtant, celui des mères, les inconnues, les absentes, les lointaines. Mais quelle facilité d’installer l’intrigue dans le milieu caricatural et artificiel de la télévision et des carrières littéraires et artistiques, loin de toute réelle crédibilité sociologique, voire psychologique ; microcosme narcissique assommant de clichés entre compétition féroce et argent facile. Cela détruit d’emblée la crédibilité d’un tel film car la réalité n’est vue que par le prisme du milieu médiatico-culturel parisien.

Décevant aussi par le scénario ne reculant devant aucune invraisemblance, surtout à la fin du film : un accident presque mortel pour faire revenir un fils ignoré, une guérison quasi miraculeuse pour le garder… Quelles grosses ficelles pour faire avancer l’intrigue et solliciter les larmes du spectateur !
On retrouve aussi l’inévitable thème de la rédemption, omniprésent dans le cinéma américain mais qui inonde ce film français : les « bonnes » mères s’effacent avec abnégation pour permettre aux « mauvaises mères » de tenter de réparer les dégâts qu’elles ont causés et leur accorder le pardon généralisé. Le personnage de Mathieu, l’écrivain par qui tout le mal arrive, mais qui n’est pas tout à fait mauvais en renonçant à son projet, n’est guère crédible : il faut tout le talent de Nicolas Duchauvelle pour le rendre supportable.

La distribution, justement ? On peut craindre qu’il arrive bientôt à Deneuve ce qui est arrivé à Depardieu : ne faire que se recopier soi-même. En femme de pouvoir sachant utiliser son charme finissant pour vampiriser son entourage, elle est parfaite. Mais combien de fois va-t-elle remplir ce rôle ? La grande Catherine ne surprend plus. Dommage ! Géraldine Pailhas tient son rôle avec distinction et grâce. Nicolas Devauchelle, on l’a déjà dit, sauve son personnage du ridicule grâce à son art de manier l’ambiguïté de son physique. Marisa Paredes, Marina Foïs et Jean-Marc Barr qui incarnent les seconds rôles, font leur job.
Mais on a le droit à une grande révélation : Jean-Claude Lafarge, dans le rôle compliqué de jeune boxeur homo. C’est lui qui sauve le film du conformisme !

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