Le sari vert – Ananda Deni (Gallimard)

Le sari vert - Ananda Devi - GallimardLe sari vert commence par un avertissement : la lecture de ce livre au titre si joliment évocateur ne va pas être une promenade enchanteresse. Soit on le referme si on a envie de se réchauffer le coeur, soit on poursuit si on se sent prêt à affronter un texte sans concession à une quelconque douceur.
Effectivement, aucune concession dans les propos de cet homme vieux en voie de décomposition : il vit avec sa fille et sa petite fille dont il attend les soins, dont il refuse la compassion et qu’il déteste sans rémission. Son seul soulagement, le Chivas. Ses seuls sentiments, la haine et le mépris contre ses deux femmes qui se relaient pour le nourir et, à peine, pour le soulager. Aucune pitié pour lui même non plus, il ne renie rien. Plus que l’avocat de sa propre cause, il est le procureur impitoyable de celles qu’il aurait dû aimer et qui lui ont détruit sa vie. Sa vie est un terrible échec. Ce n’est pas lui le responsable, ce sont elles : sa femme morte, sa fille et sa petite fille.

Celles-ci ne lui feront pas de cadeaux non plus. L’affrontement, qui se développe progressivement, est inévitable. Le temps s’écoule sans que l’on perçoive sa réelle longueur. Pan par pan, le passé se découvre, l’horreur se dessine, parfois déchirée par quelques gestes d’amour.

Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue elle-même. Le suspense, bien réel, n’est pas le seul argument de ce livre magnifique. Le développement de ces 200 pages est servi par une construction proche de celle d’un thriller, entre le présent dans le huis-clos d’une chambre à Curepipe, la ville du centre de l’île Maurice, l’endroit où il pleut le plus, et le passé qui se précise petit à petit, dont les deux femmes veulent avoir la clé, non pour laisser le vieil homme mourir en paix, mais pour au contraire faire de sa mort une fête…Pour essayer du moins…

La lecture de ce livre m’a mis à la limite de la suffocation. Jamais je n’ai autant détesté le narrateur, ce vieil homme malade et dépendant à l’orée de la mort dont l’attitude est à l’opposé de celle souvent attendue de la part d’un mourant : faire la paix avec les autres, faire la paix avec lui-même. Cet homme est un monstre domestique, sa cruauté est sans repentance, il ressent sa violence comme une grâce quand il commence à battre sa toute jeune et jolie femme.

Ananda Devi (crédit photo :  Philippe Matsas - Opale)Le sari vert est un réquisitoire d’une force rare contre les violences domestiques faites aux femmes, rare parce que vu par l’homme qui parle. Ce n’est pas la souffrance de la victime mais l’implacable pulsion du bourreau qui est montrée. Pulsion dont il donne des explications « logiques », car ancrées dans l’idée qu’il se fait de l’homme et de la femme.
Je ne connaissais pas Ananda Deni. Son écriture est ciselée et puissante. J’ai lu ce livre de l’horreur avec passion. Oui passion, proche de la sidération…

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