Deux visions du Mal au cinéma

Deux films très différents l’un de l’autre, mais un point commun, le Mal comme personnage principal.

Affiche d'Inglourious BasterdsDans Inglorious Basterds, de Quentin Tarantino, on reconnaît tout de suite le Mal. On le voit venir de loin sur une route de la campagne française filmée comme dans un western. C’est un officier nazi, à la politesse souriante, à l’empathie chaleureuse, à la flatterie doucereuse. C’est le Chasseur de juifs spécialement envoyé par Hitler pour ne laisser aucune chance à aucun juif de rester vivant. Ce Mal est séduisant en diable, il parle tellement bien toutes les langues, il reconnaît tous les accents. C’est le démon que l’on est tenté d’aimer quand les ergots de la méfiance ne sont pas dressés. C’est le chat qui caresse et cajole la souris avant de lui briser le cou. C’est le fantôme bien réel qui peut apparaître partout et toujours, suave quand il veut séduire, menaçant quand il veut effrayer, impitoyable quand il veut tuer.

Hans Landa  joué par Christoph Waltz (photo Universal International Pictures) Hans Landa  joué par Christoph Waltz (photo Universal International Pictures)
Dans ce rêve cinématographique qu’est Inglorious Basterds, où Hitler est tué durant la projection d’un film à Paris, le Mal est vaincu : quand il cherche à disparaître et se dissoudre dans une mémoire qu’il veut rendre amnésique, il n’est pas tué mais marqué à vie, de façon indélébile.
De façon effrayante et jubilatoire, Quentin Tarantino identifie clairement le Mal, même si les Anges du Bien ont parfois (souvent ?) des méthodes diaboliques.

Affiche du Ruban blancDans Le Ruban blanc de Michael Haneke, c’est une voix off vieillie, essoufflée, voilée qui invite le spectateur à entrer dans une histoire dont on voit tout de suite qu’elle sera en noir et blanc, avec l’infinie dégradé de gris. Dans ce village, la vie semble réglée comme du papier à musique entre le baron auquel tout appartient, le pasteur qui surveille les âmes, le médecin qui soigne les corps, le jeune instituteur qui instruit les enfants, les parents qui travaillent dur et transmettent les règle. Et les enfants qui tentent de se protéger de la chappe de plomb imposée par les adultes.

Des événements surprenants et effrayants arrivent. L’atmosphère, déjà lourde au départ, s’obscurcit de plus en plus, dans la blancheur de la neige en hiver et l’éclat du soleil pendant la moisson. Le Mal rôde, mais d’où vient-il ? Du baron exploiteur et irascible ? Du pasteur rigoriste et impitoyable ? Du médecin aux relations troubles avec son entourage ? Des enfants eux-mêmes en proie à des pulsions sataniques ?

Le Médecin dans le Ruban blanc (photo Film du Losange) Le Pasteur dans le ruban blanc (photo Film du Losange)
Malgré sa noirceur, le propos de Haneke laisse échapper quelques belles et courtes éclaircies où les enfants retrouvent des moments de grâce, où les adultes laissent percer leur carapace de principes et de contraintes.
Le film se termine quand la guerre 14-18 s’annonce. Sans dire clairement d’où vient le Mal. Dans un système social ? Dans l’être humain lui-même ? A chaque spectateur de trouver sa propre réponse. La voix cassée du début – c’est celle de l’instituteur – n’en donne aucune : il a épousé sa promise et est devenu tailleur, le métier pour lequel il se sentait avoir quelque talent. Un façon de fuir le Mal ? Ou bien était-il prédestiné à ne pas être l’instrument du Mal ?

Ces deux visions du Mal, l’américaine illustrée par Tarantino, l’européenne modélée par Hanecke, sont-elles emblèmatiques des différences de conscience de part et d’autre de l’Océan atlantique ?
D’une part, celle du « Nouveau Monde » où la boussole du Bien et du Mal est clairement orientée, voire même instrumentalisée, même quand le Bien emploie les armes du Mal pour vaincre, problèmatique typiquement américaine de ces 60 dernières années ?
Et d’autre part, celle de la « Vieille Europe », encore marquée par les deux périodes où le Mal s’est déchainé de façon absolue sur son sol au XXème siècle et qui reste persuadée que le Mal peut se nicher en tout être humain, quelle que soit sa civilisation ?

Un commentaire sur “Deux visions du Mal au cinéma

  1. Bonsoir, je n’ai pas vu le premier mais le deuxième fait partie de mon top « 10 » de cette année. J’ai été époustouflée par l’image et je suis « entrée » tout de suite dans le film en étant captivée par l’histoire et la voix « off » aide beaucoup. Cela se passe en 1913 en Autriche mais cela aurait pu se passer dans d’autres endroits. Un grand film. Bonne soirée.

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