« ru », le ruisseau de la reconstruction

C’est Valérie, qui tient avec son mari Benoît, la Librairie du Renard à Paimpol (quel plaisir d’avoir de bons libraires près de chez soi ! ) qui m’a conseillé ce livre dont je n’avais pas du tout entendu parler. Le titre énimagtique ru (aux belles Editions Liana Levi), la photo de la jaquette, la 4ème de couverture m’ont aussi attiré. Et l’Asie, bien sûr…

J’ai été happé par ce court ouvrage, construit comme une mosaïque de chapitres ne dépassant pas une page : ils évoquent la vie de l’auteure, Kim Thuy, qui a fui le régime communiste installé au Vietnam du sud quand elle était encore enfant, et se retrouve au Canada après un passage dans un camp de réfugiés en Malaisie. Odysée dramatique des Boat People, largement médiatisée en son temps et qui reste d’actualité partout dans le monde, pour ceux qui veulent fuir la misère et la guerre, y compris dans la Méditerranée.

Kim Thuy (photo Claude Stefan, parue dans Ouest France)Ce n’est pas seulement l’évocation de cette page sombre de l’histoire contemporaine qui rend ce livre intéressant. La construction par feuillets successifs ne suit absolument pas l’ordre chronologique. Elle mêle l’évocation de sa vie avec ses parents quand elle vivait dans une certaine opulence, à l’abri de la guerre qui faisait déjà rage, sa vie au Canada avec ses enfants dont l’un est autiste et où elle a accepté tous les boulots pour survivre, son séjour à Hanoï où elle tente de reprendre contact avec son pays.
Par petites touches, elle met en écho sa vie de mère et de femme avec celle de son enfance, maillant les liens et détricotant les oppositions  qui parsèment sa vie. Finalement, rien d’essentiel n’a été perdu car elle s’est reconstruite.

Ruisseau près de l'abbaye de Beauport  (photo Jmph)C’est de ses mille mosaïques qui scintillent de façon apparemment aléatoire que naît la puissance de ce livre, son infinie délicatesse, et que se dessine dans une myriade d’éclats l’histoire de la reconstruction de sa vie. En Vietnamien, ru veut dire berceuse, en Français, c’est un ruisseau. La langue limpide de Kim Thuy m’a bercé sans m’endormir et m’a accompagné le long de ce ruisseau aux multiples miroitements.

C’est vraiment un très beau livre.

2 commentaires sur “« ru », le ruisseau de la reconstruction

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