Du poids des adultes à la liberté des enfants

Deux films vus récemment abordent le même sujet, de façon différente : la façon dont les adultes, les parents, pèsent sur la vie des enfants, de leurs enfants.

Affiche de Yuki & NinaLe premier film est Yuki & Nina coréalisé par Nobuhiro Suwas et Hippolyte Girardot : Yuki, neuf ans, assiste à la séparation de ses parents, doublée d’un départ au loin puisque Yuki doit suivre sa mère qui rentre au Japon. Elle cherche à comprendre ses parents sans y parvenir, puis cherche à fuguer, pour fuir une réalité trop lourde à supporter. Le film finit d’une façon onirique, rendant cette fuite irréelle mais crédible. Une belle scène, entre autres, c’est celle où le père essaie de convaincre sa fille qu’elle n’y est pour rien, de la déculpabiliser. Mais rien n’y fait, Yuki fuguera. Cette fugue symbolique la libérera.

Le deuxième est Le Père de mes enfants, de Mia Hansen-Love : il s’agit de la lente noyade d’un homme aimé et adulé, mais qui se suicide car il est ruiné ; et de la lente remontée à la surface de celles qu’il laisse, sa femme et ses trois filles qui tentent de survivre, puis de se reconstruire, chargées de ce poids. La narration très fluide de ce film, mais cassée en deux par le suicide du père, rend l’expression du chagrin très sensible, en évitant tout pathos lourdingue. Ce chagrin qui fait dire à sa fille ainée, en  rage : « Il n’a même pas pensé à nous ». Mais n’est ce pas l’absence de son père qui l’a fera grandir ?

Ces deux films évoquent chacun à leur façon, le poids inéluctable que les adultes font peser à leurs enfants et la façon, moins inéluctable, dont les enfants se libèrent de ce poids. Cela passe souvent le plus souvent par la « crise de l’adolescence ». Cela suffit-il ?
Combien sommes-nous, adultes plus ou moins vieillissants, à nous demander encore si nous nous sommes libérés de nos parents ? Et comment nous avons fait ?
Et à nous demander aussi comment ne pas trop peser encore sur nos enfants devenus adultes à leur tour… Peut-on ne pas peser sans partir ? Ou au moins s’éloigner, lâcher prise ? A quel prix se paie la liberté d’un enfant ?
Cela me rappelle La Route, de Cormac McCarthy et Le boulevard périphérique, d’Henri Bauchau.
Photo Jmph

4 commentaires sur “Du poids des adultes à la liberté des enfants

  1. j’ai vu aussi Yuki et Nina et j’ai beaucoup aimé, c’est très beau ce passage symbolique par la forêt pour ressortir de l’autre côté, c’est une manière remarquable de nous faire sentir le saut nécessaire à tout âge pour passer d’un côté à l’autre du miroir…

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  2. Votre billet cinéma ce matin m’inspire bien des réflexions. Je n’ai vu aucun de ces films et je ne peux vous donner un avis, simplement lire la perception que vous en avez. Les questions que vous posez sur ce « lâcher prise » sur nos enfants et notre relation à nos propres parents ne peut ce matin que me laisser pensive. Merci de me proposer des pistes pour essayer à mon tour comme en parle votre ami Alain, de sortir de l’autre côté de la forêt et trouver la lumière.

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  3. JMPH, vous m’avez dit via mon blog que vous vous attendiez à une réaction de ma part sur ce sujet…. Je pense que c’est rapport à la profession que j’exerce et qui m’a été « imposée » par mon père, alors que j’avais 15 ans. Vous avez certainement lu quelque part cette phrase de ma part, cette question posée par l’un de mes dirigeants, à savoir comment une femme de ma génération en était arrivée à exercer cette profession et à laquelle j’avais répondu de manière lapidaire « c’est une punition de mon père et elle dure depuis 30 ans ».
    Comment m’en suis-je sortie ? Comment me suis-je affranchie aussi d’une autre tutelle, celle de mon époux très connu dans cette profession et comment outre parfois la frustration secrète de n’avoir pas fait d’études « brillantes » comme mes copines d’école, j’ai du aussi me faire un prénom.
    Voyez vous j’ai retrouvé sur FB ma meilleure amie d’enfance. Elle a fait de belles études et pourtant elle « vivote » dans une préfecture, chef de service, certes mais elle me confie m’envier. Quand elle m’a écrit ça j’ai sursauté. M’envier ? Et je me suis retournée sur une carrière avec des très hauts et des très bas, terriblement rocambolesque mais finalement pas si désagréable que ça….
    Je sors d’une forte zone de turbulences avec des trous d’air géants. Je tends à corriger l’assiette. Je me suis affranchie tant bien que mal du poids des exigences parternelles et j’ai réussi à écouter ceux qui m’assuraient que je pouvais faire me faire un joli prénom pour finalement ne rien regretter des moment parfois très durs endurés…

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