Rentrée ciné (4) : Monsieur Hulot à Nazareth

Elia Suleiman est le cinéaste palestinien le plus connu, le seul dont les films sont diffusés dans le monde entier. Il est présent à Cannes, cette année avec Le temps qu’il reste, en 2002 avec Intervention divine.
Elia Suleiman est un cinéaste comique. Comment peut-on être comique quand on vit au coeur du conflit entre Arabes et Israëliens ? Cela n’a rien à voir avec Les Bronzés, c’est un comique qui vient de son regard, de sa douce audace comme, dans Intervention divine, ce ballon rouge avec un portrait d’Arafat qui passait le check point pour survoler le territoire israélien, pied de nez poétique à l’occupant.

Le temps qu’il reste est un film étrange et très beau. La première scène donne déjà le ton du film : un taxi essaie de trouver son chemin sous une pluie battante. Une fois arrivé, le passager dit « Où est-on? « . Cela marque l’intention d’Elia Suleiman de rester très éloigné de tous les clichés déversés sur ce conflit par les médias et les politiques.
Le temps s’écoule pour une famille arabe de Nazareth, celle du réalisateur. Quatre moments clés de l’histoire de la région : la création de l’Etat d’Israël et la première guerre entre Juifs et Arabes, la mort de Nasser, le début de la première Intifada, et enfin la construction de ce nouveau mur de l’absurde qui marque la limite imposée par les Israéliens entre Israël et les pays arabes.

Le lieu, lui, reste inchangé, il s’agit de la maison de la famille Suleiman. Un endroit immobile, dont l’aménagement intérieur évolue doucement, dont le voisinage extérieur change avec l’histoire qui rugit. Les personnages vieillissent, mais les préoccupations semblent rester semblables, rempart fragile contre l’histoire qui galope. D’où ce regard décalé, tel celui de Buster Keaton qui assiste impassible à des catastrophes qui semblent incontrôlables.

Le Temps qu'il reste (crédit photo Le Pacte)Ce n’est donc pas un film qui montre ostensiblement le malheur d’un peuple, il en évoque quelques aspects, souvent sous forme de gags : comme ce char dont le canon fait des va-et-vient pour viser les allées et venues d’un jeune homme qui hurle dans son téléphone portable ; comme ces militaires israëliens qui veulent faire cesser une « boum » interdite par le couvre-feu et qui finissent par marquer le tempo de la fête ; comme cette femme splendide qui marche sereinement d’un pas ferme entre des jeunes palestiniens qui lancent des pierres et des soldats israéliens qui cherchent à riposter. Une vision très épurée de la résistance des Palestiniens « de l’intérieur ». Epurée, poétique, est-ce moins fort ?

Elia Suleiman dans le Temps qu'il reste - crédit photo Le PacteBeaucoup de cadrages fixes, un son dont les bruits ordinaires sont atténués, cela n’a rien de réaliste. Elia Suleiman parcourt le film comme Monsieur Hulot : il n’est pas étranger à ce qui se passe, il regarde autrement, il ne se précipite pas, il ouvre et ferme des portes, il part à la pêche la nuit devant les torches éclairées du jeep militaire israélienne. Soupçonné de trafic d’armes, il ressort quand même de prison. Il revient chez lui, sur le balcon…  
La dernière partie montre les destructions perpétrées par l’armée israéliene, ce mur insolent qui est franchi à l »aide d’une perche, la mort de la mère qui marque le temps qu’il reste…

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