Irréprochable Robert Badinter

Robert Badinter (photo Sipa)Il est des hommes dont on se demande s’ils ont des défauts. Robert Badinter en fait partie, à mes yeux. Le téléfilm diffusé par France 2 ces deux derniers mardis, L’abolition, d’après le livre écrit par Badinter lui-même, retrace le combat dont il est le principal acteur et le symbole, l’abolition de la peine de mort en France.

Au déla des faits racontés dont une grande partie reste, et restera, dans ma mémoire (notamment Mitterand, encore candidat, se déclarant clairement contre la peine de mort), j’ai été frappé par les plaidoiries de Badinter. Selon les dires de François Binet, collaborateur direct de Badinter, Charles Berling dans l'abolitionCharles Berling a su donner une interprétation extrêmement proche de ce qu’elles étaient. On peut deviner quel très grand avocat Badinter a été dans ses plaidoiries, allant à l’extrême de sa propre émotion et de sa propre raison pour mettre les jurés devant leur responsabilité. Il n’a pas de notes, mais connait parfaitement le dossier, il écoute très attentivement ce qui se passe pendant le procès, et il fait exploser sa passion au service de ses convictions.
N’ayant jamais été dans une cour d’assise, je n’en connais pas l’ambiance. On peut imaginer la tension qui y règne, surtout dans des procès où l’enjeu est important. Badinter s’en sert pour essayer de tourner à l’avantage de l’accusé cette tension, en la dramatisant. En orfèvre, il laisse sa propre émotion s’exprimer à l’extrême, en une sorte d’incantation, en approchant physiquement les témoins, les jurés et l’accusé lui-même. Cela dépasse largement les effets de manche habituels. C’est très impressionant !

J’ai même eu du mal à reconnaître le Badinter dont les interviews donnent toujours une image très « controlée », où la voix, éloquente, reste toujours dans des tons très retenus. L’éloquence dans les prétoires n’est pas celle de la télévision.

Dans l’interview que Robert Badinter a accordé à Télérama sur les libertés publiques menacées, il défend comme toujours les principes de l’Etat de droit, en juriste, en citoyen, en observateur passionné et scrupuleux de notre monde, et plus particulièrement de la France.

Au moment où une grande icône de l’humanitaire chancelle, Badinter reste irréprochable. Il le restera.

3 commentaires sur “Irréprochable Robert Badinter

  1. Le rapprochement entre Kouchner et Badinter est curieux : car la « grande icône humanitaire » a délibérément choisi de changer de camp, a abandonné toute prétention à défendre les droits de l’Homme au nom de la « real politik » et se retrouve rattrapée (après son « étude » au profit de Total en Birmanie et du dédouanement de la junte en place) par ses affaires avec le dictateur Bongo.

    On ne peut comparer – voire même placer sur une même ligne – cet homme du déshonneur et de l’affairisme et l’homme d’honneur dont tu as vu un « raccourci » à la télévision.

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  2. Ce n’est pas un rapprochement entre ces deux hommes que je voulais faire. Pour moi, cela fait déja longtemps que j’avais bien de doutes sur certaines pratiques de BK. Mais il n’a pas été un mauvais ministre de la santé. On lui doit notamment la politique très volontariste de lutte contre la douleur, qui longtemps avait été négligée en France. Tout n’est donc pas à jeter chez lui.
    Plus profondément, je me demande ce qu’il reste des grandes icônes de la gauche française de ces 60 dernières années sur le plan de la moralité politique. Mendès-France, bien sûr. Mais ensuite ? Mitterand, quelle que soit son importance politique et les quelques très beaux gestes qu’il a fait (l’abolition de la peine de mort, sa main dans la main de Kohl) ne peut être ériger en modèle irréprochable de la morale politique. Rocard l’est bien davantage, même si on peut trouver bizarre son itinéraire de l’autogestion à la 2ème gauche dont il a été l’un des meneurs. Et je continue à penser que Jospin en a été aussi un bon exemple.
    Robert Badinter, sans avoir été ni Président de la république, ni Premier ministre, reste pour moi une image irréprochable de la morale politique de gauche, y compris dans ses déclarations les plus récentes.
    Quant à la nouvelle génération ? Le brouillard semble encore bien épais…

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  3. Rachida Dati aurait dit qu ‘ »à part l’abolition de la peine de mort », Badinter n’a pas fait grand chose » !!! (aujourd’hui, dans Ripostes, sur France 5, où Badinter était magnifique comme à son habitude)

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