Entre les murs

Crédit Haut et CourtJe sors de la projection d’Entre les murs, le film de Laurent Cantet, à qui le jury du festival de Cannes a décerné la Palme d’or 2008. Film déja maintes et maintes fois commentés avant d’avoir été projeté pour le grand public : j’ai évoqué ici même des élements du débat.

Donc, ce n’est pas facile d’aller voir ce film sans être a priori conditionné par ces débats. C’est donc volontairement que je suis allé le voir juste en rentrant après une semaine passée en Bretagne, ce qui met quelque distance avec le buzz médiatique qu est toujours plus assourdissant quand on est à Paris.

Crédit Haut et CourtJe suis conquis, totalement conquis par ce film ! Car c’est avant tout un film, avant d’être un sujet de société. Et c’est ainsi que je l’ai regardé. Non pas que le sujet de société m’indiffère. Mais je voulais voir si j’allais être « pris » par le film, par l’histoire, par les personnages, par l’action…, si j’allais être capté par le ressort dramatique du film.

Crédit Haut et CourtJe n’ai pas quitté l’écran des yeux, j’ai vibré tout le long du film, j’ai presque écrasé une larme dans les moments les plus dramatiques du film, mon coeur s’est serré, a bondi, a explosé… Ce film, vu par certains comme un documentaire sur l’école, est avant tout l’histoire d’un petit groupe d’humains qui s’aiment, se détestent, se défient, se trahissent, se pardonnent, se séparent… sans parfois se retrouver. Pas d’humanisme de quatre sous, pas d’unanimisme de facade, pas de bons, pas de mauvais.

Les mots sont un enjeu continuel entre les personnes dans ce film. Le cours de français est l’endroit par excellence où le mot académique est transmis, appris, transformé, confronté avec les autres mots. Et parfois dépassé. Laurent Cantet (Crédit Photo : Haut et Court)Parfois, quand les mots sortent trop vite, ils prennent une signification que celui ou celle qui les prononcent, n’a pas prévu. Et c’est le dérapage…

Sur tout le reste, la méthode de direction d’acteurs de Cantet, le rôle du professeur incarné par François Bégaudeau, l’incroyable naturel des jeunes acteurs, on a déja tout dit. Laurent Cantet est un des chefs de file avec Abdellatif Kechiche, de ce nouveau cinéma français qui prend sa source dans la réalité sociale de l’époque, loin de tout pittoresque régionaliste. Ce qui est réjouissant, c’est qu’à l’étranger, Etats-Unis compris, ce nouveau cinéma rencontre un certain écho.

5 commentaires sur “Entre les murs

  1. Mon fils a vu ce film en avant première et m’a vivement encouragée à aller le voir. J’y songeais mais votre billet me pousse à me presser vers une salle obscure où il est projeté. On ressent dans vos lignes une si vive émotion.

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  2. Tu rejoins tout à fait ce que j’ai écrit sur mon blog le 25 septembre, et j’ai été estomaqué de voir le déchaînement d’appréciations négatives sur ce film, venant notamment de profs, avec le refrain : « Mais la réalité, ce n’est pas ça ! », des personnes incapables de faire la distinction entre une oeuvre de fiction et un documentaire.

    Ou de comprendre qu’il s’agit, en fait, d’une « fiction documentée » (Laurent Cantet).

    Le pire, c’est « Le Nouvel Observateur » d’il y a quinze jours titrant son dossier : « Zéro pointé pour « Entrre les murs », avec des profs allant tous dans le même sens (un seul sur huit osant exprimer un avis non conformiste), à savoir descente en règle du film, sous prétexte de non réalisme.

    Ce qui gêne justement les opposants à l’oeuvre de Laurent Cantet (comme au livre de François Bégaudeau), c’est l’accent mis sur l’importance de la langue – modèle que l’on veut imposer par rapport à une autre culture – et le questionnement de toute pédagogie (ceux qui sont assis une fois pour toutes sur leurs méthodes sans les avoir jamais remises en question).

    Un film qui interroge (comme le prof dans sa classe), c’est inquiétant. Il vaut mieux un petit reportage bien racoleur à la télé, collant aux préjugés du « grand public ».

    Quant à ce que l’on ressent à la vision de ce film : oui, rires et larmes, on y croit tellement, bien que ce ne soit « qu’un film ».

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  3. j’en sors… mon impression est que c’est une dure épreuve…
    Illitch avait peut-être raison dans le fond… une « société sans école », ce
    ne serait peut-être pas si mal… 🙂
    sérieusement: je comprends que les profs ne puissent pas regarder
    ce film, se voir ainsi, dans un tel miroir, est littéralement insupportable,
    d’où leurs réactions de rejet. pourtant c’est un grand film, pas de doute
    là-dessus.

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  4. la question est de savoir pourquoi les profs ne peuvent pas se voir ainsi. Je les trouve humains forcément humains … comment en serait-il autrement ? Se rêvent-ils en héros ? Sont-ils devenus paranoïaques du fait de la bronca dont ils sont vicitmes par le gouvernement actuel ? Ou bien ne supportent-ils pas leur propre image à l’écran comme on n’aime pas sa propre voix sur un enreigistrement ?
    Profs, je vous aime… tels que vous êtes, même quand vous êtes énervants !

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