Rentrée au ciné

Vu quatre films en une semaine. Deux films belges, Rumba et Le Silence de Lorna, deux films français, Parle moi de la pluie et La belle personne.

Crédit Photo - StudioCanal DistributionL’un d’entre eux, Parle moi de la pluie, remportera probablement un certain succès public, compte tenu de la notoriété de son équipe, Jaoui, Bacri, Debbouze. C’est celui qui m’a le plus déçu : il ne dépasse pas l’anecdocte. Les situations sont à la fois quotidiennes et convenues, sans surprises, même le jeu pourtant très contenu de Jamel Debbouze. L’ennui m’a rapidement submergé. Dommage, ce filme frôlait un thème qui aurait mérité d’être bien mieux traité, le mépris : celui qui se manifeste dans les gestes de chaque jour à l’égard des paysans, des femmes, des étrangers, des paumés…

Crédit Photo - MK2 DiffusionUn autre passe quasiment inapperçu Rumba. Ses acteurs et réalisateurs, Dominique Abel et Fiona Gordon sont inconnus en France. En 2006, L’Iceberg était sorti, racontant une histoire complètement déjantée d’une femme qui, après avoir passé une nuit dans une chambre froide, ne rêve que de rencontrer un iceberg. L’intrigue de Rumba n’est guère plus raisonnable : un accident de voiture interrompt brusquement la vie d’un couple d’instituteurs dont la passion est d’écumer les concours de rumba. Cela tourne à une virée onirique et hilarante où les événements arrivent toujours à contretemps. Tout finit bien, ça n’a aucune importance. Film parfaitement gratuit, sans message, sans intention annoncée. Juste un voyage dans ce que les anglais appellent le nonsense, et dans lequel les Belges excellent, peuple surréaliste par excellence (l’existence de la Belgique n’est-elle pas elle-même surréaliste ?). Rumba est une antidote très efficace à une rentrée plombée par la crise financière, un fichier qui se pare d’un doux prénom et l’apparition d’un pitbull à rouge à lèvres dans la campagne présidentielle américaine…

Crédit Photo - Diaphana FilmsCe n’est pas le cas du troisième, Le Silence de Lorna, des frères Dardenne. Découverts en 1996 avec La promesse, Jean-Pierre et Luc Dardenne sont abonnés au palmarès du festival de Cannes. A chacun de leur nouveau film, j’hésite à aller le voir, tellement le sujet abordé est noir. Pourtant je finis toujours par y aller… et je ne regrette jamais. Ce n’est pas du masochisme, c’est l’occasion de voir des visages de très près, des visages dans toute leur fragilité, leur mobilité, leur ductilité, leur duplicité, mais aussi dans toute leur force, leur énergie, enfermés dans leur secret, ouverts vers autrui ou l’espoir d’un avenir meilleur… en somme ces visages dans toute leur humanité, loin de tout cliché, de toute posture. Ce n’est pas hilarant, c’est vrai, mais l’humanité est-elle hilarante quand on l’approche de près ?
Ajoutons que les frères Dardenne ont permis l’éclosion d’au moins trois grands acteurs, Olivier Gourmet, Jérémie Renier et Emilie Dequenne.

Crédit Photo - Le PacteLe dernier film est déjà passé à la télévision vendredi dernier sur Arte, La Belle personne. Rendons grâce à Sarkozy d’avoir été l’origine, à son insu, de ce film (voir l’interview de Christophe Honoré parue dans Télérama). Evidemment, La Princesse de Clèves transposée aujourd’hui dans un lycée du XVIème arrondissement, ça craint … Comme je n’ai pas lu le livre, j’ai abordé le film sans idée a priori. Christophe Honoré, c’est l’une de ses grandes qualités, sait très bien jouer sur les touches, TOUTES les touches du sentiment amoureux, depuis la pulsion du désir jusqu’au sacrifice total. J’avais été un grand admirateur des Chansons d’amour où il se permettait moult embardées sentimentales et sexuelles. On retrouve ici ce même vagabondage sur la Carte du tendre, y compris les précipices fatals, tout ceci dans Paris dont Honoré est passionnément amoureux (tout en étant Breton puisqu’il est né à Carhaix !). Pas le moindre réalisme dans son film. Mais certains artistes savent approcher la vérité en ignorant le réalisme. Honoré fait partie de ceux-là.

Prochain film : Entre les murs, bien sûr… A voir d’abord comme un film et non comme un simple documentaire, j’espère. Là encore, que la vérité dépasse la réalité…

3 commentaires sur “Rentrée au ciné

  1. Abel et Gordon ne sont pas si inconnus en France où ils ont maintes fois joué un de leurs spectacle burlesque « la danse des poules ». Nous les avions même fait venir dans notre village près d’Orléans il y a plus de 15 ans. Ce fut une soirée absolument mémorable autant par la délicatesse, l’invention , le non-sense, le plaisir de rire que par les douleurs résiduelles dans nos abdominaux !
    Le burlesque se mérite , il faut parfois le chercher dans de petites salles mais quel bonheur !

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  2. Tu as raison, Nadine. Ils ne sont pas totalement inconnus, mais ne sont pas médiatisés comme celles et ceux qui écument les plateaux de télé. Mais leur art ne sied-il pas mieux aux petites salles ? N’appelle-t-il pas une sorte de silence, même ?

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  3. Bonjour, concernant Rumba, je l’ai loupé et je le regrette car j’avais trouvé l’Iceberg vraiment détonant et détonnant. Pour le silence de Lorna, c’est un film à voir pour l’actrice qui aurait mérité un prix d’interprétation à Cannes. J’espère que l’on va la revoir. Bonne fin d’après-midi.

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