Le temps du boulevard périphérique

Non, il ne s’agit du temps perdu sur les 32 kms qui ceinturent Paris, dont je me sens heureusement bien loin depuis mon refuge breton. Il s’agit du livre d’ Henry Bauchau, Le boulevard périphérique (Editions Actes Sud) que je viens de finir.

Le boulevard périphérique - Editions Actes SudMais finit-on vraiment de lire un tel livre ? Il fait partie de ceux qui laissent des traces indélébiles, de ceux qui ont donné à leur première lecture de telles perspectives sur l’être humain que la réflexion ne peut pas s’arrêter quand on ferme l’ouvrage.  Aussitôt après l’avoir fini, j’ai relu les vingt dernières pages qua j’avais parcourues trop rapidement comme si je voulais « connaître la fin ».

Je suis bien loin d’avoir une idée de toute la richesse des réflexions que ce livre inspire. Dans le cadre de mes élucubrations actuelles sur le temps, ce livre résonne à plus d’un titre.

Le temps du boulevard périphérique… Ce titre m’a longtemps semblé un peu bizarre, en retrait par rapport à ce que dit le livre. Ce boulevard n’est d’abord que le sas qui permet de passer d’une vie à l’autre, un sas fait de chapelet de portes égrénées le long du parcours. Il devient de plus en plus présent au fur et à mesure que le livre avance. Il devient le lieu où le temps devient le maître absolu face auquel personne ne peut opposer de résistance, sauf d’en sortir, quand c’est possible.

Henry Bauchau. - Photo Stéphane Lavoué - MYOP pour TéléramaLe temps que les morts ponctuent et rassemblent.
« Je voudrais faire l’économie de toutes les morts que j’ai vécues, de celles que je devrais vivre encore. Je ne peux pas, je suis dans ce temps, dans ce monde, il n’y en a pas d’autre. » (page 165). 
Chaque mort rencontrée se lie à celles que nous avons vécues, faisant une sorte de cortège dont il faut souhaiter qu’il nous aide à vivre.

Le temps de la vieillesse, évoqué de façon tellement juste quand le narrateur, faute de convaincre son fils de faire quelque chose de délicat, ne peut faire que pleurer, n’offrant ainsi que sa faiblesse comme seul argument.
 » Quelque chose s’est soudain brisé en moi et il l’a senti. Sans doute était-ce l’irréparable défaite de l’âge, c’est aussi  un lâcher-prise auquel je ne me décidais pas mais qui était nécessaire. Je n’avais plus à dévoiler ma force, mais ma faiblesse, ma compassion sans force.(…) Pour cela, il a fallu que je reconnaisse quelque chose en moi que j’ignorais : je suis vieux (…). Ce qui a eu lieu, c’est une passation de pouvoir (…). Je ne voulais plus avoir de pouvoir (…), mes larmes ont renoncé à ce pouvoir, et la situation a changé du tout au tout.«  (page 239). Jamais je n’ai lu quelque chose sur la modification de la relation père / fils, parent / enfant qui me soit semblée aussi précise, claire, lumineuse.
Et aussi sur la vieillesse, cet art du lâcher-prise, tout en restant vivant…

3 commentaires sur “Le temps du boulevard périphérique

  1. C’est un livre magnifique de justesse et de profondeur. Extrêmement construit et « écrit », et pourtant, accessible et limpide à la lecture.
    Ce livre continue longtemps son chemin en nous après la lecture, je suis d’accord avec vous. Il questionne autant qu’il raconte.

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  2. je me souvenais que tu avais écrit quleque chose sur ce livre, j’étais curieux de retrouver quoi. Tu en donnes un compte-rendu très partiel. ce sont les dernières pages qui t’ont marqué, et je te rejoins là-dessus. Mais tu ne dis rien de ce qui fait presque une moitié du livre, cette histoire que je qualifie de glauque entre le résistant et le nazi. La critique en générale ne s’y est pas beaucoup étendue non plus, alors que ça occupe une place vraiment centrale dans le livre, une part dont je ne sais que faire et que penser (mais que je n’aime pas beaucoup, comme tu auras pu en juger si tu as lu mon billet d’aujourd’hui)….

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