Bégaudeau / Finkielkraut : le débat

François BégaudeauFrançois Bégaudeau et Alain Finkielkraut ne s’aiment pas. Mais ils débattent ensemble. Ils l’avaient déjà fait en mars 2007 sur France 2 dans l’émission Esprits libres de Guillaume Durand et sur France Culture dans l’émission Répliques … d’Alain  Finkielkraut lui-même, à l’occasion de la publication d’un livre de Bégaudeau Une année en France. Si vous avez un peu de temps, écoutez ces débats, entre gens intelligents et s’exprimant parfaitement, mais qui ne sont pas du tout d’accord !

Alain Finkielkraut - cliché SipaAprès le triomphe de François Bégaudeau à Cannes, Finkielkraut était resté muet. Le débat allait-il se suspendre ? Non, pas longtemps. Inotre « philosophe tragique », comme la qualifie Bégaudeau, est sorti du bois en publiant une tribune dans Le Monde sous le titre Palme d’or pour une syntaxe défunte : c’est un morceau d’anthologie ! C’est mon ami ALecomte qui m’a alerté sur cette tribune. Du coup, je l’ai lue avec attention (dommage elle n’est plus en ligne gratuitement sur le site Le Monde.fr).

Je vais essayer d’en faire mon propre commentaire, en partant du texte même de Finkielkraut, paragraphe par paragraphe (en italiques rouge). Mais je ne suis ni philosophe, ni enseignant…

Alain Finkielkraut en débat dans l'émission Esprits critiques sur France 2 (31 mars 2007)Pour François Bégaudeau, auteur du livre Entre les murs (Verticales, 2006) et acteur principal du film qui en a été tiré, la Palme d’or du Festival de Cannes est un véritable conte de fées. Sa joie, partagée avec le metteur en scène Laurent Cantet et les élèves du collège Françoise-Dolto, qui jouent leur propre rôle, fait plaisir à voir. On lui pardonne même son brin de suffisance : comment garder la tête froide dans un moment aussi inattendu et aussi exceptionnel ?    

Début un peu condescendant, sous couvert d’un partage de la « joie » de François Bégaudeau et des autres. Pourtant Finkielkraut n’est pas un spécialiste de la « tête froide » : regardez son énervement pendant le débat avec Bégaudeau dans l’émission de Guillaume Durand. D’ailleurs les démentis dont il use souvent après la publication de ses interviews laisse paraître une certaine « instabilité » face aux journalistes.  

Alain Finkielkraut en débat dans l'émission Esprits critiques sur France 2 (31 mars 2007)Bégaudeau n’a pas le triomphe modeste, soit. Mais pourquoi l’a-t-il acrimonieux ? Pourquoi cette vindicte à l’égard des professeurs qui ne partagent ni ses méthodes, ni ses objectifs, ni son optimisme ? Pourquoi être si mauvais joueur quand on a gagné la bataille, et s’acharner contre les derniers récalcitrants quand on a, à ses pieds, le président de la République, la ministre de la culture et celui de l’éducation nationale ? Et pourquoi faut-il que Le Monde (le 28 mai) alimente cette étrange aigreur en dressant le repoussoir des « fondamentalistes de l’école républicaine » qui prônent « l’approche exclusive de la langue française par les grands textes » ? 

L’attaque commence. Bégaudeau est « acrimomieux » et Le Monde, lui même, alimente une « étrange aigreur ». Cette acrimonie vient-elle d’une réflexion de Bégaudeau faite en mars 2006 à propos du livre dont le film est adapté : « J’en avais assez de tous ces livres de profs qui se réduisent à des essais au ton apocalyptique. Ils filtrent la réalité pour la faire correspondre à leurs a priori idéologiques, le plus souvent réactionnaires« . Quant aux « fondamentalistes de l’école républicaine », Finkielkraut se sent visé, d’où le paragraphe qui suit. 

Alain Finkielkraut en débat dans l'émission Esprits critiques sur France 2 (31 mars 2007)Fondamentaliste, la lecture d’A la recherche du temps perdu, de Bérénice ou du Lys dans la vallée ? Fondamentaliste, l’expérience des belles choses, l’éventail déployé des sentiments et le tremblement littéraire du sens ? Le fondamentalisme est arrogant, catégorique et binaire ; la littérature problématise tout ce qu’elle touche. Le fondamentalisme enferme l’esprit dans le cercle étroit d’une vérité immuable ; la littérature le libère de lui-même, de ses préjugés, de ses clichés, de ses automatismes. Le fondamentalisme est une fixation ; la littérature, un voyage sans fin.  

François Bégaudeau et Alain Finkielkraut en débat dans l'émission Esprits critiques sur France 2 (31 mars 2007)C’est là que le raisonnement de Finkielkraut déraille : à partir d’une remarque (qui n’est pas celle de Bégaudeau d’ailleurs) rapprochant fondamentalisme et les grands textes de la langue française, Finkielkraut se révolte en opposant ces deux notions. Avec raison, d’ailleurs. Qui a dit que les grands textes étaient fondamentalistes ? Pas Bégaudeau, ni les autres. Qui contredit l’idée que la littérature libère l’esprit « de lui-même, de ses préjugés, de ses clichés, de ses automatismes » ? Certainement pas Bégaudeau, ni les autres. Pourquoi Finkielkraut oppose-t-il littérature et fondamentalisme ?   Y a –t-il des fondamentalistes en littérature ?

Ne seraient-il pas ceux qui pensent que seuls, les grands textes sont générateurs de « voyage sans fin » La littérature se limite-t-elle aux grands textes, tout fondateurs qu’ils puissent être ? Pourquoi ne pas prendre le risque de lire des textes actuels, dont on ne sait pas trop, encore, s’ils seront grands ou non. Le style de Céline n’était pris que comme une éructation quand Le voyage au bout de la nuit a été publié. Plus près de nous, les livres de Kundera, que Finkielkraut admire tant (et moi aussi, du reste) ont d’abord été pris comme des simples témoignages d’un écrivain exilé, ayant fui le régime communiste. Encore plus près de nous, comment faut-il considérer Houellebecq, par exemple ? Comme un provocateur complaisant sachant créer la rumeur qu’il faut avant la publication de chacun de ses livres, ou le contempteur impitoyable de notre époque en déroute qui va à la faillite, avec un style novateur ?  Certaines bandes dessinées contemporaines (celles de Manu Larcenet ou de Marjane Satrapi, entre autres) ne pourraient-elles pas, un jour, faire partie des « grands textes«  ? Faut-il interdire leur lecture en classe sous prétexte qu’elles n’ont pas été adoubées par un collège de philosophes ou d’agrégés ? 

D’ailleurs Finkielkraut lui-même définit le fondamentalisme comme une fixation. N’en fait-il pas une lui-même en se référant exclusivement aux grands textes comme étalon de mesure de la littérature. Julien Gracq, dont les livres sont souvent considérés comme faisant partie de la « grande littérature » a écrit cette phrase superbe : « Ce que nous voulons, c’est la littérature qui bouge, et saisie dans le moment même où elle est saisie quand elle semble  bouger encore, tout comme nous préférons uneesquisse de Corot ou de Delacroix à leurs tableaux finis. Ce que nous ne voulons plus, c’est la littérature-monument, c’est tout ce qui a senti le besoin de se mettre en règle avec les permis de construire de son époque. » (en lisant en écrivant p.284 – Ed. José Corti). Gracq semble bien plus aventureux que Finkielkraut, ce qui n’étonnera pas tout le monde ! 

François Bégaudeau et Alain Finkielkraut en débat dans l'émission Esprits critiques sur France 2On jugera le film de Laurent Cantet lors de sa sortie en salles. Peut-être sera-t-on intéressé, voire captivé par cette chronique d’une année scolaire dans une classe de quatrième à travers les tensions, les drames, les problèmes et les imprévus du cours de français. Mais s’il est vrai qu’après s’être vainement employé à corriger la syntaxe défaillante d’adolescentes qui se plaignaient d’avoir été « insultées de pétasses », l’enseignant finit par utiliser certaines tournures du langage des élèves, « plus efficace que le sien », alors on n’aura aucun motif de se réjouir. 

Autre attaque de Finkielkraut, les compromis de Bégaudeau dans son langage quand il est en classe. La réplique de l’enseignant n’est pas ce qu’il a dit de meilleur. Mais il est prof et doit se faire comprendre par ses élèves. Je ne pense pas que Finkielkraut, devant ses élèves de l’Ecole polytechnique, ait besoin de faire ce genre de concessions. Et d’ailleurs, qui sait si certains de ses élèves de l’X ne comprennent pas bien tout ce qu’il dit. Je lui suggère d’ailleurs de tourner un remake d’Entre les murs au sein de sa classe à Polytechnique : y verrait-on des « tensions, drames, problèmes et imprévus » ? Ou bien sont-ils enfouis dans le conformisme nécessaire à la formation de notre élite républicaine ? 

Car la civilisation ne demande pas à la langue d’être efficace, d’être directe, de permettre à chacun de dire sans détour ce qu’il a sur le coeur ou dans les tripes, à l’instar de ce magistrat qui a conclu son réquisitoire contre un accusé terrifiant par ces mots : « A gerber ! » La civilisation réclame le scrupule, la précision, la nuance et la courtoisie. C’est très exactement la raison pour laquelle l’apprentissage de la langue en passait, jusqu’à une date récente, par les grands textes. 

François Bégaudeau en débat avec Alain Finkielkraut dans l'émission Esprits critiques sur France 2 (31 mars 2007)Curieux raccourci ! Et un amalgame typique de la méthode de Finkielkraut, qui cite la fin d’un réquisitoire avec une expression qui, certes, n’est pas très élégante, mais dont l’objectif n’était certainement pas «  la nuance et la courtoisie », mais avant tout l’efficacité ! Peut-être que ce procureur devra-t-il faire appel à Cicéron pour clore son réquisitoire : O tempora! O mores! 

Plus sérieusement, outre la confusion faite par Finkielkraut entre littérature et langage, cette réfutation de l’objectif d’efficacité pose la question : qu’est ce qu’un langage ? Je vais m’abriter derrière un autre Alain, mon ami blogueur, qui, lui, connaît bien mieux cette question que moi. Dans son billet que j’ai mentionné plus haut, il relève le fait que le langage est d’abord un lien et évoque des exemples vécus par lui-même de ce lien. Il parle de L’Esquive, le film de d’Abdelattif Kechiche, qui est le film le plus réussi (et efficace, si je peux me permettre de faire appel à cette notion sulfureuse) sur la notion de langage. Il conclut par ces dernières lignes de: la « Faculté de langage (…) ne réside pas dans le simple apprentissage behavioriste d’UNE langue (celle qui est autour de nous), mais dans un dispositif très général grâce auquel on peut aussi bien jongler d’une langue à une autre que… secréter sa propre langue (car en dernier ressort, la langue est individuelle, intime, propre à chacun de nous) ».Mais lisez son billet en entier, il est moins long que le mien, et particulièrement éloquent.

Alain Finkielkraut en débat dans l'émission Esprits critiques sur France 2 (31 mars 2007)Naguère aussi, on respirait dans les oeuvres littéraires ou cinématographiques un autre air que l’air du temps. Sean Penn, le président du jury, a remis les pendules à l’heure en déclarant, dès la cérémonie d’ouverture du Festival et sous les applaudissements d’une presse enthousiaste, que seuls retiendraient son attention les films réalisés par des cinéastes engagés, conscients du monde qui les entoure. Sarabande, Fanny et Alexandre, E la nave va, In the Mood for Love, s’abstenir. Un Conte de Noël, ce n’était pas la peine. Le monde intérieur, l’exploration de l’existence, les blessures de l’âme sont hors sujet. Comme si l’inféodation de la culture à l’action politique et aux urgences ou aux dogmes du jour n’avait pas été un des grands malheurs du XXe siècle, il incombe désormais aux créateurs de nous révéler que Bush est atroce, que la planète a trop chaud, que les discriminations sévissent toujours et que le métissage est l’avenir de l’homme.

François Bégaudeau et Alain Finkielkraut en débat dans l'émission Esprits critiques sur France 2 (31 mars 2007)Ce paragraphe est un grand fourre-tout. Je partage l’opinion de Finkielkraut sur les films engagés. La Palme d’Or attribuée au film de Michael Moore en 2004, Fahrenheit 9/11, ne m’a pas semblé couronner une œuvre d’art, mais être juste un geste politique, dont le partage le fonds. Mais certainement pas le fait d’en faire un trophée au Festival de Cannes. Mais est-ce une tare d’être « conscient du monde qui (nous) entoure » ? Cela est-il NECESSAIREMENT incompatible avec le fait de faire une œuvre d’art ? Je partage l’admiration de Finkielkraut pour les films qu’ils citent (surtout In the Mood for Love) sauf pour Conte de Noël qui m’a profondément ennuyé. Je ne suis pas de ceux qui pensent que la culture doit être « inféodée » à l’action politique, ni aux urgences, ni aux dogmes. Oui, il faut garder de la distance, y compris par rapport à l’opinion majoritaire du moment, vérité intangible mais provisoire, qui sert de jugement de valeur indépassable et de boussole qui indique le chemin à suivre, l’action politique à engager… Mais la vitalité d’un certain nombre de cinémas émergents, d’où qu’ils viennent, n’est-elle pas due à l’écho d’une réalité sociale dont les créateurs ont fait (parfois…) une œuvre d’art. Les exemples sont nombreux : je me rappelle de films turcs, coréens ou argentins dont le propos s’enracine dans la réalité sociale du moment et du pays mais dont le souffle peut parler à tout le monde. John Ford aimait répéter que l’universel peut venir de chaque histoire personnelle. 

La fin de ce paragraphe me choque profondément, quand Finkielkraut attaque le métissage. Pour lui, il est clair que ce n’est pas l’avenir de l’homme. Car il assimile le métissage à l’homogénéisation, l’uniformisation : tout le monde se mélange donc tout le monde devient pareil. Ethnologiquement et biologiquement parlant, il semble pourtant évident que le métissage est une des clès de la survie de l’espèce humaine. Historiquement, les races pures n’ont jamais régné longtemps, les cultures dominantes sont toujours débordées par celles qui viennent d’ailleurs.  On devine ici la crainte de Finkielkraut : son statut d’homme « blanc, hétéro, habitant en centre ville », pour reprendre une expression de Bégaudeau dans le débat, peut ne plus être considéré comme le plus prestigieux, celui qui donne accès au pouvoir, aux honneurs et à la considération (je ne parle pas d’argent). Finkielkraut se sent-il en danger dans sa citadelle assiégée ?

L’art doit être contestataire, c’est-à-dire traduire en images ce qui est répété partout, à longueur de temps. Big Brother est mort, mais, portée par un désir de propagande décidément insatiable, l’idéologie règne et veille à ce que notre vie tout entière se déroule entre les murs du social.

François Bégaudeau en débat avec Alain Finkielkraut dans l'émission Esprits critiques sur France 2Pour avoir le dernier mot, rien n’est plus efficace que de traiter l’adversaire d’idéologue et de l’enfermer « entre les murs du social ». Ces mots sont d’autant mieux choisis qu’ils font référence explicitement au titre du livre et du film qui fait l’objet du débat. Sans vouloir entrer dans un débat philosophique que je suis bien incapable de tenir, ces mots révèlent chez Finkielkraut l’idée que son opinion et son jugement doivent s’affirmer « en dehors du social ». Comme si le social n’est qu’une contingence provisoire et secondaire. Dans le débat sur le langage et sa transmission, doit-on se soustraire du social, de peur de ne suivre que l’air du temps ? Y a-t-il un « point fixe » qui pourrait servir de référence permanente à notre jugement. Pour Finkielkraut, oui, il y a un point fixe, qui est, , pour reprendre une expression de Bégaudeau, la marque du « rapport idéologique de Finkielkraut à la réalité » ? Ce point fixe, c’est la France qu’il aime, celle de « sa spécificité, de son héritage » ainsi qu’il l’exprime clairement dans le débat sur France Culture.  Mais une spécificité n’est elle pas évolutive ? Comment aider la génération qui arrive en ne lui montrant qu’un héritage ? Faut-il encore que les droits de succession ne rendent pas cet héritage inaccessible pour une grande partie d’entre elle ? Et, si héritage il y a, doit-il être transmis sans y toucher au risque de le transformer ?
Finkielkraut gére son héritage comme un rentier…
 

(Ce billet est déjà trop long, je vais donc y mettre fin. Mais le débat mériterait de continuer…)

7 commentaires sur “Bégaudeau / Finkielkraut : le débat

  1. Alain Finkielkraut a définitivement abandonné les idées qu’il avait développées, avec Pascal Bruckner, dans son livre « Au coin de la rue, l’aventure »… Son but est sans doute de succéder un jour au fauteuil de Maurice Druon à l’Académie française.

    Ses thèses toujours plus réactionnaires, sa crispation sur l’enseignement qui s’en va à vau-l’eau, sur le langage et les livres classiques, sont d’un privilégié qui n’a jamais connu que l’existence sous X.

    Le potentat de Finkielkraut exercé à France Culture, sa manière de tout régenter, de tout commenter, de tout critiquer sur le ton magistral de celui qui possède la science et la philosophie infuses sont assez énervantes (restons polis).

    On aimerait effectivement voir son comportement dans une classe de banlieue : sa réponse serait, à coup sûr, et rapidement, « l’esquive » devant des élèves qui ne sortent pas tous de la cuisse de Jupiter.

    François Bégaudeau, finalement, n’a rien à craindre de cet histrion.

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  2. … que dire d’une attaque dont le seul fondement est la vue d’une bande-annonce ?

    En « bon » philosophe, M. Finkielkraut devrait savoir que le sens des images n’existe qu’en fonction du contexte. Or il juge les séquences dans un contexte publicitaire (une bande annonce n’est qu’un objet promotionnel destiné à vendre un film, non un résumé), là où leur signification n’est que d’attirer et de donner envie.

    S’il est dans son droit en critiquant les positions générales de François Bégaudeau, faut-il encore lui rappeler que Begaudeau n’est pas l’Auteur du film (qu’il n’a pas vu). Et en l’occurence, Entre les Murs (le film) est le mauvais objet à pointer du doigt. Ce n’est pas un film à thèse, c’est un film à questionnement multiple. Et c’est là toute l’intelligence de sa construction.

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  3. Commentaires foireux qui prétendent démolir les arguments de Finkielkraut, mais qui , par leur nullité, font éclater la maestria d’Alain le Magnifique!

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  4. Pour répondre à vos arguments :
    1) Finkielkraut n’écrit nulle part son dédain pour la littérature actuelle, c’est vous qui lui prêtez cette posture réactionnaire (ouh le vilain mot!). Vos exemples sont audacieux : Le Voyage, une éructation? J’aimerais que mes éructations passent à un cheveu du Goncourt, et obtiennent le Renaudot (et ceux de 32, pas de maintenant). Et même si on lui a violemment reproché sa grossièreté à l’époque, presque tous lui ont accordé que son roman était exceptionnel. Je ne connais pas le cas Kundera. Quant à Houellebecq, vos deux propositions ne sont pas contradictoires. Sur la bande dessinée, pourquoi pas, mais imaginez qu’une nouvelle génération d’enseignants (ou pas d’ailleurs) pousse le vice plus loin : les slogans publicitaires, les articles de l’Equipe? Après tout, pourquoi pas? Ne serions nous pas d’affreux fondamentalistes de l’école républicaine, pour oser poser une barrière entre ce qui est grand et ce qui ne l’est pas? Vous allez me répondre que je vais trop loin, « qu’y faut pas déconner », mais c’est exactement ce que font les soi-disant « fondamentalistes » de l’école vis-à-vis de vos positions!

    2) Lorsque vous reprochez à Finkie de faire une confusion entre langage et littérature (confusion faite à l’origine par l’auteur de l’article du monde qui confond apprentissage de la langue française et connaissance de la littérature), vous en faites une énorme : entre langue et langage. Finkielkraut nous parle de langue! Pas de langage! Ce n’est pas la même chose! Et de surcroit, il parle de la langue française (c’est évident bien que sous-entendu)! Ce qui désamorce une grande partie de votre argumentation ultérieure.

    3) Vous demandez si faire preuve de conscience sociale est NECESSAIREMENT incompatible avec la qualité d’une oeuvre d’art. Encore une fois, vous prêtez à Finkielkraut des pensées qu’il n’exprime pas! Et vous retournez la situation! Car dans ce cas précis c’est bel et bien Sean Penn qui écrase le festival de Cannes de sa NECESSITE en expliquant que SEULS les cinéastes engagés auront une chance. Vous faites prendre à Finkie la posture de Penn, pour lui prendre la sienne! Vous faites fermer par Finkie, des portes que, justement, il ouvre!

    4) Concernant le métissage : je pense que vous mésinterprétez la phrase de Finkie. Pour avoir lu le personnage, il me semble fortement qu’il dénonce le discours universaliste, typiquement occidental, qui fait du métissage la panacée du monde contemporain et à venir. Lorsque Finkie dit « avenir » il ne veut pas dire : « période de temps qui ne s’est pas encore déroulée », mais « jugement mélioratif sur une situation apparemment inéluctable ». Comme : « le fascisme /communisme, c’est l’avenir », « le clonage c’est l’avenir », etc… Et bien non! Pas « Vive le métissage! » Le métissage est un FAIT individuel. Il ne doit pas l’objet de jugement de valeur. Si un blanc veut épouser une noire, je n’ai pas à lui dire « c’est mal », mais pas non plus à lui dire « c’est bien ». Chacun fait ce qu’il veut. Malheureusement, les lieux communs ont la vie dure, et chez les gens de mon âge (26 ans) et en-dessous, la phrase « le métissage donne les plus beaux enfants », est devenue le prolégomène à toute discussion traitant du sujet… Dur d’entendre ça.

    5) « Pour avoir le dernier mot, rien n’est plus efficace que de traiter l’adversaire d’idéologue ». Je vous cite mot pour mot. Voyons maintenant voir une quinzaine de lignes plus bas…
    « Pour Finkielkraut, oui, il y a un point fixe, qui est, , pour reprendre une expression de Bégaudeau, la marque du “rapport idéologique de Finkielkraut à la réalité”  » C’est encore du mot pour mot…
    Vous appliquez superbement ce que vous dénoncez chez Finkie.

    Ces remarques concernaient surtout la forme, et toutde même un peu le fond. Je ne peux pas me pencher vraiment sur ce dernier, car il m’en couterait trop d’efforts.

    Je vous souhaite une bonne soirée!

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  5. Je suis d’accord avec Finkielkraut. S’il a tant à dire, s’il paraît confus et emporté, c’est parce qu’il a raison contre le monde comme il est et comme il va. Lorsque vous voyez arriver inexorablement un grand danger qui nous balaiera, et qu’autour de vous personne ne l’aperçoit et ne regarde dans la bonne direction, n’est-il pas humain et salutaire de s’exciter, de gesticuler, de tempêter pour avertir les autres, pour les secouer ? Mais relisez l’allégorie de la caverne de Platon, et vous vous rappelerez que ceux qui ont raison sont souvent énervants parce qu’ils remettent en cause, et que les autres finissent en général par les mettre à mort (physiquement ou symboliquement) pour cesser d’être dérangés.

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  6. Votre « critique » de Finkielkraut (procès partial serait plus adapté) ne repose sur rien.
    Son crime?
    Ne pas adhérer à la pensée unique, remettre en cause le bien fondée de ce nivellement par la bas de l’éducation et en plus de le faire avec talent ce qui manque tant à ses détracteurs.
    Alain Finkielkraut est un homme qui a saisi que pour être libre, il faut savoir penser, raisonner, comparer et avoir des références. Pas forcément pour se conformer à ces dernières mais pour exercer sa capacité critique.
    Il vaut mieux avoir des bagages dont on se déleste que de manquer de ressources.
    Les génies ne bêlent pas avec le troupeau, selon les époques l’Inquisition, les totalitarismes et les collabos les ont poursuivis désormais ce sont les « bien pensant », nouveaux dictateurs qui rabâchent du prêt penser, des slogans sans substance mais auxquels il faut se conformer sous peine de lynchage implacable.
    Bientôt, des personnes comme ce Bégaudeau n’auront plus de contradicteurs et le monde sera d’une uniformité béate comme dans un roman de Huxley mais pendant un peu de temps, encore, vous devrez faire avec les libres penseurs.

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