Peaux d’ail et plumes de poulet

Peaux d'ail et plumes de pouletL’expression « Peaux d’ail et plumes de poulet » désigne en chinois les menus tracas qui rendent la vie quotidienne impossible. C’est sous ce titre que les Editions Bleu de Chine ont rassemblé deux nouvelles de Liu Zhenyun écrites en 1989 et 1991. La première décrit la vie dans une Unité de travail qui était (et est encore ?) le lieu par lequel passait obligatoirement toute la vie sociale et économique, sous l’autorité du Parti. Les anecdotes et récits racontés dans un style parfaitement neutre mettent en lumière la façon dont ce système de relations de pouvoir élime impitoyablement toute initiative personnelle, tout comportement décalé, et encore davantage, tout esprit d’insoumission, même passive. La deuxième nouvelle raconte la vie quotidienne d’un jeune couple dans le Pékin du début des années 90 où la recherche d’une amélioration des conditions de vie passe par des méandres tellement compliqués que la résignation reste le seul recours. Il en arrive à ne plus accueillir convenablement son vieil instituteur de passage dans la capitale, qui meurt quelques mois après. Liu Zhengyun

Au premier abord, on peut penser que l’intérêt des ces deux nouvelles est purement historique, juste un témoignage de la vie dans la Chine post maoïste des années 80/90. Certes c’est intéressant à ce titre là. Mais pas seulement. C’est aussi une description impitoyable – d’autant qu’elle est dénuée de tout pathos – des effets de la relation de pouvoir sur le comportement humain : les jalousies, les mesquineries, les flatteries, les stratégies d’alliances, les arrière-pensées, et progressivement, indisieusement la perte de toute notion de solidarité. Qui n’a pas connu ou ne connaît pas des situations équivalentes au travail, que ce soit dans une entreprise privée ou un service dans une administration publique… Une différence au moins :  le système chinois décrit dans ce livre étant totalitaire, tous les aspects de la vie sont conditionnés par le même type de relation de pouvoir. Dans nos sociétés démocratiques, les possibilités d’évasion par rapport à ces relations de pouvoir sont plus aisées à trouver. Encore que ceci mérite d’être nuancé…

Le regard des Chinois sur ler propre société est très intéressant à considérer. Dans ce livre, comme dans le film Le dernier voyage du juge Cheng évoqué il y a quelques jours, Shanghai depuis Pudongc’est frappant de voir comment ce que racontent les Chinois peut résonner pour notre propre société. La distance géographique et culturelle ne peut occulter le fait que les comportements humains suivent les mêmes tendances. Alors que les buildings de Shanghaï montrent une visage exacerbé de notre société moderne occidentale, les artistes chinois livrent un écho décalé de notre propre histoire, de notre propre évolution, de notre propre humanité.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s