Les « gens » et les experts

Logo de J'ai une question à vous poserLe débat politique actuel se déroule essentiellement autour de rencontres entre les candidats et les gens. Le symbole le plus fort est l’émission de TF1, « J’ai une question à vous poser  » : chacun y déballe son problème personnel et attend une réponse ciblée. Résultat, le manque de souffle, la tentation du clientélisme (bonjour les chasseurs…), l’absence complète de vision de l’avenir de l’Europe et du monde, excepté au sujet de l’importante question écologique (et encore, chacun le voyant de son petit bout de la lorgnette). C’est la recherche de réponses de clochers pour une société totalement mondialisée. Après, on va se plaindre que les politiques vont décevoir. La faute n’est-elle pas en partie due aux électeurs eux-mêmes ?

jai-une-question-a-vous-poser.1172234545.jpgPlus profondément, cette forme de débat marque chaque jour un peu plus le discrédit dans lequel sont tombés les experts. Trop compliqués, trop proches des pouvoirs (et contre-pouvoirs) constitués, fleurant un parfum d’élitisme maintenant clairement frappé du sceau d’infamie. C’était déjà visible lors du référendum de 2005 sur la constitution européenne, où le débat a occupé un champ qui n’avait plus grand-chose à voir avec la question posée. A vous dégoûter du la procédure référendaire…

experts.1172234298.gifPourquoi un tel discrédit ? Je n’ai pas l’expertise pour apporter une réponse. De plus, dans mon expérience professionnelle, j’ai trop souvent croisé des experts capables de défendre avec autant d’assurance deux options contraires à quelques mois d’intervalles suivant le vent dominant. Donc de me méfier des experts.
Faut-il jeter les experts avec l’eau du bain de la connaissance ?

Juste deux remarques. D’abord, chacun se prend pour un expert avec internet. Un océan infini de connaissances est à portée de clic. Par exemple, les médecins s’alarment du fait que les patients pensent savoir ce qu’il leur faut, après avoir lu des articles sur internet au sujet de la maladie les concernant. Loin de moi l’idée qu’internet n’est pas utile pour élargir son champ de connaissance. debats.1172234921.jpgMais l’expertise se construit par la mise en perspective de la connaissance, par le débat contradictoire avec d’autres, par la recherche patiente, et parfois infructueuse de réflexions nouvelles. L’expertise doit dépasser l’encyclopédisme.
Ensuite, y a-t-il une contradiction fondamentale entre expertise et conviction ? Un expert sans conviction personnelle est capable, comme je le disais plus haut, de défendre deux options contraires avec brio. Cette expertise s’est discréditée car elle n’est qu’au service d’ambitions personnelles ou collectives. D’un autre côté, un expert qui a une ferme conviction chevillée à son esprit peut être soupçonné de mettre son expertise au service d’une cause. Et donc d’avoir un parti pris entraînant une méfiance légitime. La voie est étroite entre ses deux écueils.

Pour éclairer le débat, lisez le point de vue d’Eric Debardieux publié dans le Monde : Peuple d’ »en bas » contre intellos d’en haut. Un coup de cœur et un cri d’alarme !

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