Mes mauvaises pensées

Mes mauvaises pensées
Lu presque d’une traite, Mes Mauvaises pensées de Nina Bouraoui. Tout le contraire des Bienveillantes, rien d’une fresque historique, mais un livre écrit au Je ! Un seul paragraphe qui parcourt tout le livre. Ce paragraphe est celui de sa psychothérapie. Je craignais le pire : les petits secrets des autres ne m’intéressent pas. En outre, a priori une psychothérapie est du domaine du langage parlé, non de l’écriture.

Le résultat est passionnant. Ce qu’elle dit d’elle n’est pas anecdotique. Cela n’a rien à voir avec la vie quotidienne, mais avec sa vie personnelle. La recherche de ses origines entre un père algérien et une mère bretonne, ses fractures engendrées par sa famille, l’écartèlement, les ruptures, les errements et les choix qui en découlent.

J’ai déjà dit dans ce blog ma réticence face à la littérature du Je. Sauf quand le Je de l’auteur renvoie à mon propre Je, par delà toutes les différences qu’il y a nécessairement entre l’auteur et le lecteur. Peut-être par narcissisme, mais surtout par besoin de retrouver un semblant d’universalité par une rencontre au-delà du réel. Lire ma propre histoire ne m’intéresserait pas alors que lire celle d’un ou d’une autre peut me vriller l’estomac et peupler mon imaginaire.


Nina BouraouiGrâce à son écriture, Nina Bouraoui a fait résonner des cordes plus ou moins enfouies en moi. Par exemple, voici deux citations, qui m’ont profondément impressionnées :
 «… mes mots sont parfois comme une maladie, comme si chacun d’entre eux cachait ceux que je ne peux pas dire, comme s’il y avait toujours ce mauvais rêve que je n’arrive pas à décrire. »
« … il faudrait que je voie mon beau visage, tout ce qui me constitue, tout ce qui vit au fond de moi. Je sais qu’il vient, ce beau visage, je sais qu’il va venir, c’est comme l’odeur du printemps à la fin de l’hiver, c’est la lumière qui change et s’adoucit, c’est une renaissance. »
J’y retrouve une vérité qui m’est fondamentale : la recherche permanente, mais souvent infructueuse, de déterrer et décrire (pour soi-même, surtout) les mauvais rêves qui structurent notre vie personnelle, et celle de faire émerger le beau visage que nous avons tous.

Lire 260 pages de psychothérapie pourrait être tout à fait gonflant. La maîtrise du style de Nina Bouraoui est telle que j’ai suivi avec avidité et plaisir les méandres de son histoire. Telle un fleuve aux multiples bras qui se croisent et se décroisent. Parsemée de quelques récits précis, comme des îlots au milieu du fleuve. Des évocations que je pouvais souvent ressentir physiquement, d’autant que je connais plus ou moins certains endroits mentionnés. 

La lecture vécue comme une expérience sensorielle, voire sensuelle : c’est l’objectif ultime, le point extrême que je cherche à atteindre quand je commence un livre.

2 commentaires sur “Mes mauvaises pensées

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