Les Bienveillantes

Les Bienveillantes à Kerkalou

J’en suis au tiers. J’avais commencé la lecture de ce livre vedette de la rentrée littéraire française, Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, avec quelque appréhension. Appréhension face au sujet traité, le nazisme, appréhension face à l’effet mode dont je me suis toujours éloigné quand il s’agit de littérature. Mon fils Pierre-Yves me l’avait offert pour Noël, en se demandant d’ailleurs si c’était une bonne idée, car il savait mon peu d’appétence pour les Prix Goncourt et autres livres récompensés par l’automne parisien.

Le calme de Kerkalou est propice à la lecture, d’autant que le jardinage n’est pas une activité très prenante en ce début de mois de janvier. Je profite des longues après-midi solitaires et silencieuses, alors que les nuages courent les uns après les autres, à peine gênés par quelques rares rayons de soleil.

Il a déjà été dit tant de choses sur ce livre que je ne vais pas trop en rajouter. La postérité dira si ce livre est le chef d’oeuvre que je perçois. Des descriptions effrayantes des « Aktion » contre les Juifs, les bolcheviques et les minorités gênantes de l’Europe centrale, aux belles évocations des plaines d’Ukraine et des monts du Caucase, en passant par l’érudition très fine avec laquelle l’auteur détaille les débats à l’intérieur des cercles nazis pour décider du bien fondé de telle ou telle « Aktion », je suis entraîné sans relâche dans ce fleuve qui traverse toutes les terres des plus sèches aux plus boueuses. Le « guide » de cette traversée est Maximilien Aue, le SS totalement créé par Jonathan Littell mais dont on partage les sentiments et les réflexions, sans pour autant les approuver, du moins pas toujours. Tout ceci dans un style d’une clareté absolue, comme l’est le trait clair de la bande dessinée belge de Hergé et ses collègues.

Cela me rappelle une phrase d’un autre auteur francophone mais non français, Mohamed Dibb, qui note dans son livre Laëzza que  » les romanciers américains, leur supériorité, c’est d’être capable de tenir à distance leur vécu et de produire des livres dont les personnages « vont sur deux jambes et projettent une ombre  » (Faulkner) – non de ces livres ectoplasmiques et qui ne sont que complaisants dégueulis, étalage de nombril et de cul ». Ce jugement sur la littérature française contemporaine est très sévère. Je ne suis pas loin de le partager, les deux tiers les livres que je lis sont, en effet, écrits par des écrivains d’origine étrangère, francophones ou non.   

Jonathan Littell  Jonathan Littell est américain. Il a le souffle d’un auteur de grande fresque, le souci du détail d’un journaliste scrupuleux et l’audace que l’on rencontre souvent chez les intellectuels américains. Il nous fait la grâce d’écrire en français. Qu’il soit remercié de redonner corps à une certaine idée de la littérature française.  

C’est très souvent de ceux qui viennent d’ailleurs que souffle le vent nouveau. Jonathan Littell

Pour info, voici quelques critiques, pas toujours favorables, parues sur Les Bienveillantes (Télérama, Le Figaro littéraire, La République des Lettres), l’interview de l’auteur par Samuel Blumenfeld dans Le Monde des Livres, celle réalisée par Florent Georgesco parue dans Le Figmag

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